vendredi 25 mars 2011

Maître Eckhart: Se quitter soi-même




Le monde dit : « Je voudrais tellement vivre la piété et la ferveur que d’autres semblent vivre, être en paix avec Dieu comme d’autres le sont, être véritablement pauvre. » Ou encore : « Quoi que je fasse et où que je sois, je ne suis jamais satisfait. Je voudrais tant être loin de chez moi, sans affaires, dans un monastère ou un lieu reculé. »

En vérité, tout cela n’est autre que toi, ta volonté propre que tu suis constamment sans même t’en rendre compte. Que tu l’admettes ou non, jamais un mécontentement ne surgit en toi qui ne soit ta création.


Entendons-nous bien : fuir ceci, aller vers cela, éviter ces gens, rechercher manière ou occupation n’est que ton agitation. La cause de tes difficultés n’est pas dans les choses, c’est toi-même dans les choses. C’est pourquoi regarde-toi d’abord et quitte-toi. En vérité, tant que tu ne te libères pas de ton vouloir, tu auras beau fuir, tu retrouveras partout obstacles et inquiétudes.

Chercher quoi que ce soit dans les choses extérieures, la paix, un lieu de retraite, la société des hommes, telle façon d’agir, les nobles œuvres, l’exil, la pauvreté ou l’abandon de tout, quelle qu’en soit la grandeur tout cela n’est rien, ne compte pour rien, ne donne rien — surtout pas la paix. Pareille quête ne mène nulle part : plus on cherche ainsi, moins on trouve. Ayant pris un chemin faux, on ne fait que s’éloigner davantage chaque jour.

Que faut-il donc faire ?

D’abord, s’abandonner soi-même et, de la sorte, abandonner toute chose. En vérité, celui qui renonce à un royaume, au monde même, en se gardant soi-même, ne renonce à rien. Mais l’homme qui se renonce lui-même, quoi qu’il garde, richesse, honneur ou quoi que ce soit, a renoncé à tout. (…)


Regarde et, là où tu te trouves, renonce-toi. Voilà le plus haut.

Sache que jamais personne ne s’est assez quitté qu’il ne trouve à se quitter davantage. Commence donc par là, meurs à la tâche : c’est là que tu trouveras la paix véritable, et nulle part ailleurs.

Quelques paroles que le vicaire de Thuringe, prieur d’Erfurt, frère Eckhart, de l’ordre des Prêcheurs, adressa à ses fils spirituels qui lui posaient toutes sortes de questions lorsqu’ils étaient rassemblés pour la collation du soir.

mardi 15 mars 2011

Osho: l'art de mourir



Vous n'avez pas de visage. Tous les visages sont faux. Vous pouvez avoir l'apparence d'un lion, vous pouvez avoir l'apparence d'un âne , vous pouvez avoir l'apparence d'un arbre ou d'un rocher. Actuellement vous avez le visage d'un homme ou d'une femme, laid ou beau, blanc ou noir.

Mais en réalité vous n'avez aucun visage. Et cet état de Sans-Visage est ce que les gens du Zen nomment « Le visage originel » Mais ce n'est pas du tout un visage au sens ordinaire du terme.

Lorsque vous n'étiez pas né, quel visage aviez vous ? Quand vous allez mourir, quel visage emporterez vous ? Ce visage que vous voyez là-bas dans le miroir tombera de lui-même, il disparaitra dans la terre. Rumi l'appelait notre visage de poussière, la poussière retournera à la poussière. Vous partirez sans visage comme vous êtes venu sans visage .

Juste maintenant, vous n'avez pas de visage, le visage est juste une croyance, vous faites beaucoup trop confiance dans le miroir. Mais quand vous réalisez votre Visage sans visage, vous avez vu le Visage de Dieu.

Vu sur le blog Ipapy

mardi 8 mars 2011

Gaston Saint-Pierre: Présence




En ta présence, il n’y a ni commencement ni fin, juste une autre dimension, comme une absence épuisée, un nulle part où le vide n’est pas, un dépassement de la notion de l’absence de forme, une négation. Et pourtant la matière et l’absence de forme, l’espace et l’absence d’espace, le temps et l’absence de temps y sont subsumés. L’intellect dit : En ta présence… comme moyen de s’approprier l’intelligence pour lui-même en la rendant distincte. S’il y a un ‘tien’ il peut y avoir un ‘mien’. Si L’absence d’espace, L’absence de temps peuvent être concu, alors, pense l’esprit, une forme peut être donnée à l’absence de forme, comme si la conception de la présence par l’intellect pouvait remplacer la Présence.

L’expérience, la connaissance, rien que d’anciennes traces se dissolvant dans l’absence de souffle de la présence, la mémoire se raccrochant à sa structure aux multiples facettes pour assurer la progression de l’ombre vers la lumière, de l’ignorance vers la connaissance, de l’absence vers la présence. Mais la métamorphose se moque de toutes ces tentatives car rien ne peut être atteint. Il n’y a pas un d’ici à là-bas, un d’alors à maintenant. Pas de continuité dans la Présence, car la Présence est à jamais présente, un cadeau qui ne peut pas être donné.

Soyez joie, action, vérité, silence, repos, totalement dans la verticalité, de sorte que les différents plans puissent révéler leur être dans sa complétude. Soyez lumineux et reconnaissez la qualité transitoire des aspects de l’être. Embrassez l’ambiguïté des apparences tout en restant connecté, avec légèreté mais intensité, aux échafaudages sans structure des demi-teintes et des ombres, des échos et des harmonies dans la césure sans effort de la présence et Présence. Soyez immobile dans l’insaisissable silence et sachez qu’il n’y a pas de transition possible, pas d’évasion, juste de l’immédiateté.

Ne soyez pas le corps qui exige de la vie sa subsistance mais celui qui détermine l’abondance de la vie. Ne soyez pas l’esprit qui recherche la transcendance des pensées, car ce sont de la matière immobile déguisée, mais celui qui prend plaisir dans le défi de sa propre fin. Ne soyez pas l’émotion d’où découle la direction mais celui qui ne connaît ni circonférence ni centre. Et avec une infinie tendresse, invitez-les tous au festin de la puissance en tant que couteaux, fourchettes et cuillères, doigts, orteils et sinus d’agapes sans limites initiées par la Présence pour son propre divertissement.

Gaston Saint-Pierre
Traduit de l’anglais par Catherine Frantz