mercredi 9 novembre 2011

Franck Terreaux: Le pays de Cocagne



Ne pouvant pas ne pas être,

rien, absolument rien ne peut rivaliser

en simplicité, en immédiateté

avec cela qui est.

Ainsi, sans effort, le chercheur disparaît.

Au cœur du simple,

sans rien faire, sans rien être,

je me prélasse tel un bienheureux dans

cette compréhension...



***

Même en l'absence de chercheur,

sans effort, c'est déjà entrain de méditer,

parce que la méditation

ne connaît ni chercheur,

ni effort, ni méditant,

ni même de commencement.

Au cœur du simple,

sans rien faire, sans rien être,

je me prélasse tel un bienheureux dans

cette compréhension...



***

Que « Je », regarde ou non,

Que « Je », entende ou non,

sans effort, c’est déjà entrain d’entendre

et de regarder. L’observateur disparaît.

Au cœur du simple,

sans rien faire, sans rien être,

je me prélasse tel un bienheureux dans

cette compréhension...



***

Que « Je », soit présent ou non,

Que « Je », porte son attention ou non,

sans effort, c’est déjà entrain de percevoir.

Le percevant disparaît.

Au cœur du simple,

sans rien faire, sans rien être,

je me prélasse tel un bienheureux dans

cette compréhension...



***

Sachant que suivre une pensée,

la regarder aller et venir,

m’éloignerait inévitablement

de cette compréhension,

sans effort, le penseur disparaît.

Au cœur du simple,

sans rien faire, sans rien être,

je me prélasse tel un bienheureux dans

cette compréhension...



***

Sachant que malgré la passion,

Et un formidable investissement

dans mon travail,

« Je », n’a jamais fait quoi que ce soit,

sans effort, l’agissant disparaît.

Ainsi, le laisser faire, laisse faire

le faire faire, goûtant

au pur plaisir de ne rien faire.

Au cœur du simple,

sans rien faire, sans rien être,

je me prélasse tel un bienheureux dans

cette compréhension...



***

L’ultime compréhension de l’être ne dépend

d’aucun processus intellectuel,

ni d’un quelconque processus de saisie.

Elle émane de l’intelligence pure,

qui siège au cœur du simple,

dans ce lieu à partir duquel

le chercheur, la raison, l’effort, la saisie

ainsi que toutes intentions

et tergiversations

prennent leur envol.

Au cœur du simple,

sans rien faire, sans rien être,

je me prélasse tel un bienheureux dans

cette compréhension...



***

Rien n’étant plus élevé que la nature,

à moi qui ne regarde ni n’entends

ni ne perçois, la nature parle

de son incommensurable beauté.

Au cœur du simple,

sans rien faire, sans rien être,

je me prélasse tel un bienheureux dans

cette compréhension...

« Suis » ne fait rien, ne regarde rien,

il rend tout cela possible.



***

 
Extrait du livre de Franck Terreaux: L'art de ne pas faire. Ed. l'Originel
 
D'autres extraits suivront

mardi 11 octobre 2011

Tich Nhat Han: Sur les traces de siddharta




- Ananda, l'être et le non-être sont des concepts en désaccord avec la réalité car celle-ci transcende les limitations conceptuelles. Une personne éveillée a dépassé les notions d'être et de non-être.

- Ananda, non seulement l’être le non-être sont vides, mais la naissance et la mort le sont aussi, n'étant, pareillement, que des concepts.

Le vénérable Ananda demanda:

- Vénéré Maître, si la naissance et la mort sont vides, pourquoi dites-vous si souvent que tous les dharmas sont impermanents, naissent et disparaissent constamment ?

- Ananda, à un niveau conceptuel et relatif, nous parlons de dharmas naissant et disparaissant, mais, du point de vue de l'absolu, ils sont, par nature, ni nés ni morts.

- S'il vous plait, Vénéré Maître, expliquez nous ceci.

- Ananda, prenez l'exemple de l'arbre de la Bodhi que vous avez planté en face de la salle de Dharma. Quand est il né?

- Vénéré Maître, il est né il y a quatre ans, au moment même où la graine a donné des racines.

- Ananda ! Avant cela, l'arbre de la Bodhi existait il?

- Non, Vénéré Maître, pas avant cela.

- Voulez vous dire qu'il a surgi du néant? Un quelconque dharma peut il naître du vide?

Ananda demeura silencieux.

Le Bouddha poursuivit:

- Ananda, il n'y a aucun dharma dans tout l'univers qui surgisse du néant. Sans la graine, il n'y aurait pas eu d'arbre de la Bodhi. Il est la continuation de la graine. Avant que la graine ne plonge ses racines dans la terre, l'arbre de la Bodhi était déjà présent en elle. Si un dharma existe déjà, comment peut-il naître? La nature de l'arbre de la Bodhi est dépourvue de naissance. Ananda, après que la graine a plongé ses racines dans la terre, meurt-elle?

- Oui, Vénéré Maître, afin de donner naissance à l'arbre.

- Ananda, la graine ne meurt pas ! Mourir veut dire passer de l'existence à la non-existence. Y a-t-il un seul dharma dans tout l'univers pouvant aller de l'existence à la non-existence ? Une feuille, un grain de poussière, un filet de fumée d'encens - rien de cela ne peut passer de l'existence à la non-existence. Tous ces dharmas se transforment simplement en d'autres dharmas. C'est ce qui arrive, aussi à la graine bodhi. Elle ne meurt pas et se transforme en arbre. La graine et l'arbre sont tous deux sans naissance et sans mort. Ananda, la graine et l'arbre, vous, moi, les bhikkhus, la salle de Dharma, la feuille, un grain de poussière, un filet de fumée d'encens - tous, nous sommes sans naissance et sans mort.

- Ananda, tous les dharmas sont sans naissance ni mort, qui ne sont que des concepts mentaux. Tous les dharmas ne sont ni pleins ni vides, ni créés ni détruits, ni souillés ni immaculés, ni croissant ni décroissant, ni allant ni venant, ni un ni plusieurs. Tout ceci n'est qu'illusion ! Grâce à la contemplation sur la nature vide de tous les dharmas, il est possible de transcender tous les concepts discriminatoires afin de réaliser la vraie nature de toutes choses qui est de n'être ni pleine ni vide, ni née ni morte, ni en devenir ni en dissolution. C'est à cause de cette véritable nature que le monde de la naissance et de la mort, de la plénitude et de la vacuité, du devenir et de la dissolution surgit. Si ce n'était pas le cas, comment pourrait-on échapper au cycle de la naissance et de la mort, à la plénitude et à la vacuité, au devenir et à la dissolution ?

- Ananda, ne vous êtes-vous jamais arrêté au bord de la mer pour observer les vagues naître et mourir à la surface de l'eau ? La non-naissance et la non-mort sont comme cette eau, comme ces vagues. Ananda, il y a de longues et de courtes vagues, de hautes et de basses. Les vagues naissent et disparaissent mais l'eau reste. Sans eau, il n'y aurait pas de vagues. Les vagues retournent à l'eau. Elles sont l'eau, l'eau est les vagues. Bien qu'apparaissant et disparaissant, si les vagues comprenaient qu'elles sont elles-mêmes de l'eau, elles transcenderaient les notions de naissance et de mort, ne se feraient plus de souci, n'auraient plus peur, ou ne souffriraient plus à cause de la naissance et de la mort.

- Bhikkhus, la contemplation sur la nature vide de tous les dharmas est extraordinaire car elle mène à la libération de toute peur et toute souffrance, Elle vous aidera à transcender le monde de la naissance et de la mort. Pratiquez cette contemplation de tout votre être.

vendredi 30 septembre 2011

Unmani Liza Hyde: L'innocence absolue



Je suis pure innocence. Je suis comme l'enfant. Je suis pur amour. Je suis vide. Je suis la complétude absolue. Je suis la douceur dans tout ce qui apparaît et n'apparaît pas. Je ne sais rien, mais il y a la connaissance de tout. L'amour est l'essence innocente de tout ce qui est. Tout ce qui apparaît, crie son existence avec une simplicité désarmante. La chaise crie sans vergogne: "je suis une chaise!" Les moutons dans le pré s'immobilisent et me regardent passer, dans leurs yeux, ils proclament: "je suis un mouton". C'est aussi simple que cela. Tout est juste tel qu'il est. Les nuages dans le ciel ne sont pas honteux d'être nus. Ils crient: "je suis un nuage!" Ils sont pareils à une femme nue, qui se tiendrait sans honte, au beau milieu d'un terrain de football, et crierait "je suis ce que je suis!".

Les pensées semblent cacher et contrôler. Les mots protègent et défendent. Que devons-nous donc cacher? Le fait de ne pas savoir, de ne jamais trouver la réponse? Mais quelle envie aussi de se tenir au milieu du terrain de football de la Vie. Cela arrive déjà. C'est le rugissement de la Vie! Ce rugissement franchit toute cachette et protection. C'est la puissance absolue de l'innocence. Tout crie. Chaque chose crie la vie. Chaque chose crie que c'est cela - la Vie et la Mort, tout en un.

jeudi 11 août 2011

Franck Terreaux: Le pays de cocagne




Paresse et méditation non attentive


Note de Franck Terreaux avant cet article :

Chers amis, mon livre, « l'éveil pour les paresseux » vient de paraître aux éditions Charles Antoni L'Originel. Suite à certaines réactions, je voudrais profiter de cette occasion pour remettre quelques pendules à l'heure. En effet, mon approche peut sembler en contradiction avec ce que d'autres ont dit, mais que voulez-vous, lorsqu'il est question d'éveil, de ressenti, les mots ne sont non pas trop pauvres mais beaucoup trop riches pour pouvoir l'exprimer. Jean Klein m'a dit un jour : « une fois que vous serez parvenu à ce moment où vous vous dites j'ai compris, il est important de le formuler avec vos propres mots », et dans ce cas je n'ai pas hésité à appeler un chat un chat.

Même si cela peut faire miauler certain, il serait dommage de nous laisser égarer par des questions de terminologie. Encore une fois, il ne s'en suivra aucun enseignement, conférence, dogme ou je ne sais quoi. Il ne s'agit que d'un partage, rien de plus.

Nous allons, si vous le voulez bien, faire une expérience extrêmement simple. Nous allons pendant un moment pratiquer le rappel de soi, pratiquer la présence à soi, pratiquer la conscience de soi.

Pour cela, je voudrais que vous vous assuriez qu'en ce moment même vous êtes sûr et certain d'être en train de regarder, d'être en train de lire ces mots en même temps qu'ils défilent, comme si vous vouliez être convaincu que vous n'êtes pas en train de rêver.

Allez y…

Cette attitude, je l'appelle le «je regarde se sachant regardant».

Vous êtes donc là, totalement conscient que vous est en train de lire, totalement conscient que vous êtes en train de regarder, totalement conscient d'être conscient.

Si j'insiste tellement, c'est afin d'être sûr que vous m'avez parfaitement compris.

Vous allez cette fois faire l'expérience inverse (sans changer la direction du regard) vous allez refuser toute votre attention à ces mots qui défilent. Une sorte d'anti-rappel de soi, d'anti-présence à soi, d'anti-conscience de soi…

Allez-y, enlevez l'attention, enlevez le regard, enlevez le « regard se sachant regardant », et pendant que vous y êtes, enlevez aussi l'être. Oui c'est ça, au lieu de vouloir être, essayez de ne pas être. Il est souvent dit qu'il faut être ici maintenant, et bien faites l'inverse, essayez de ne pas être ici et maintenant. J'aimerais tant que l'un d'entre vous puisse me donner la recette, que l'un d'entre vous puisse me donner le truc, parce que voyez-vous, je n'y suis jamais arrivé. Sans effort, sans (faire) absolument aucun effort, je ne peux faire autrement que d'être toujours ici et maintenant. Je n'arrive pas à ne pas être, encore moins ailleurs, et encore moins dans un autre temps.

De toute évidence, je présume que vous aussi vous n'y arrivez pas, et savez-vous pourquoi ? Savez-vous pourquoi vous est-il absolument impossible de ne pas être, pourquoi vous est-il impossible de retirer le regard ?

C'est parce que « avant », « juste avant » c'était déjà en train de regarder sans personne pour regarder.

C'est-à-dire que ça regardait sans savoir que ça regardait, ça regardait sans qu'un« vous » regarde. Les yeux voyaient, les oreilles entendaient, le dos ressentait le contact de la chaise ou du fauteuil sur lequel le corps est assis, tout comme était ressenti le contact des pieds avec le sol. Personne n'était là pour dire : je regarde, j'écoute, je perçois. Et si tous les actes, pensées, perceptions, sentiments aussi bien qu'émotions n'étaient les actes et les perceptions de personne, c'est parce que tout ceci n'a jamais eu besoin d'un vous pour fonctionner.

La prise de conscience a surgi et s'est superposé sur un « déjà là » qui était déjà là « juste avant ». Ce déjà là c'est ce que j'appelle : l'attention non attentive.

Ce vous, cette impression de vous, n'est qu'une idée, et toutes les confusions d'ordre spirituel résident dans le simple fait qu'elle appartient à quelqu'un, à un vous, et qui plus est à parfaire. Un vous qui croit méditer en se prenant pour un méditant, un percevant, alors qu'il n'a que l'impression de faire et de percevoir.

Entendant ceci, la question qui vient immédiatement à l'esprit est : étant donné qu'il n'y a personne, qu'est-ce qui intervient sans cesse dans ce « déjà là » ? Comment se fait-il qu'il subsiste ce besoin de méditer ? De continuer à courir encore et encore après un être ici maintenant, comme s'il y avait à combler un manque qui manifestement est déjà comblé ? La réponse, il faut la chercher dans la force créatrice, dans ce désir primordial dont je parle tout au long de mon livre. Ce désir qui creuse et rebouche en permanence. Ce désir qui crée et recrée le monde d'instant en instant. Ce désir qui grâce à un manque qu'il doit à tout pris comblé, anime toute la création.

Que ce soit le mouvement des galaxies comme celui des électrons. Il est présent partout, dans tous les buts que nous nous fixons, aussi bien dans notre vie professionnelle, que dans notre vie amoureuse, dans le pied de tomate qui pousse tout au fond de notre jardin, et jusque dans ce texte que je suis en train d'écrire. Car rien ne peut s'y soustraire, rien, absolument rien ne peut y échapper. Sans lui, l'univers serait figé et ne pourrait poursuivre son expansion. Pédagogiquement, il est important de comprendre que tout effort, que toutes tentatives méditatives n'ont jamais été effectuées par « vous », mais par cette force primordiale, ce désir créateur. Toute l'intention présente dans la méditation, c'est lui, c'est encore lui.

Lui ne procède à aucun choix, il ne fait que se ruer inévitablement sur tout ce qui bouge. Par exemple s'il est entendu : « vous n'êtes pas le corps », aussitôt il s'y engouffre.

Cette simple information devient l'occasion de donner au « vous » le moyen de devenir encore quelque chose. Alors qu'en réalité, il n'y a pas plus un « vous » qui est le corps qu'un « vous » qui n'est pas le corps. Qui est ce « vous » qui n'est pas le corps ?

Pour qu'il y ait un « vous » il faudrait qu'il y ait un Qui, un quelqu'un. Seulement voilà, il n'y a personne, sans même un témoin pour dire qu'il n'y a personne. Il n'y a que « CE QUI EST », simplement « CE QUI EST ». Ce « vous » n'a jamais fait quoi que ce soit, n'a jamais ressenti le moindre manque, et n'est pas même à l'origine du plus petit froncement de sourcil. Il n'a toujours eu que l'impression de faire et de percevoir, tout comme de s'émouvoir.

La question du « vous » est une question très difficile, car si la réponse se révèle, c'est par un mode de compréhension radicalement différent de notre mode de compréhension habituel. Jean Klein disait très justement à ce sujet « Quand vous employez l'expression : « vous voyez ce que je veux dire, » cela n'a rien à voir avec l'organe de la vue » Certains vous diront : « vous êtes libre et jamais vous n'avez été enchaîné ».

Ici il est dit qu'il n'y a aucun « vous » qui soit libre ou enchaîné. En vérité cela revient au même, ce n'est qu'une question de terminologie, voir de pédagogie.

Maintenant, concernant la méditation. Afin de bien comprendre ce que j'entends par ce mot, permettez- moi tout d'abord de démontrer ce qu'elle n'est pas.

Pour ça, il vous suffit d'imaginer qu'elle serait votre réaction si l'on venait brusquement vous réveiller en plein sommeil, vous disant : allons réveille-toi ! il faut que tu médites, que tu prennes conscience de toi, que tu observes ton corps, tes pensées, tes perceptions, tes émotions et sans contrôle, bien entendu, il faut absolument que tu te libères de tes conditionnements etc etc. Imaginez ne serait-ce qu'un instant votre réaction… De toute évidence vous vous réveilleriez au beau milieu d'un cauchemar vous écriant : « Mais foutez moi la paix ! J'étais si bien là en train de dormir ! ».

« Juste avant » durant votre sommeil, il n'y avait que « Suis », « Qui » et « Je » étaient donc absents, c'était le pays de cocagne, c'était la complétude, il n'y avait que méditation sans méditant, sans regardant, sans percevant. Une attention inconsciente d'elle-même, une sorte de rien, si heureux de n'être rien, qu'il n'aurait pas l'idée ni même l'envie de devenir quelque chose. Aucun trou à creuser, aucun trou à reboucher, même la force créatrice sommeillait elle aussi. Jean Klein parlait souvent de méditation sans méditant. (Ce qui d'ailleurs n'est pas évident à comprendre). La véritable méditation ou attention non attentive, c'est la méditation du sommeil profond à l'état de veille. Et il se trouve qu'elle est encore là quelque temps après le réveil, nous attirant à elle comme l'écho d'un merveilleux souvenir. C'est sans doute le meilleur moment pour en profiter.

Tout d'abord il est important que vous soyez bien entré dans l'état de veille. Pour ça, levez vous, et sur le pouce prenez une tasse de thé ou de café, mais sans vous attarder. Puis, affalez-vous dans un fauteuil, c'est tout ce que vous avez à faire. Vous allez vous rendre compte que cette méditation dont nous parlons, tout le corps en est encore imprégné comme s'il était plongé dans un bon bain en ayant nullement l'envie d'en sortir.

C'est là que la paresse intervient dans sa forme divine si j'ose dire, car les résidus du sommeil profond sont encore présents.

Cette paresse se manifeste alors comme une aide, non pas pour rentrer chez nous puisque nous y sommes déjà, mais pour éviter d'en sortir. Dans cette présence, dans ce « déjà là » la recherche, l'investigation, les expectatives, les pratiques et les divers prises de conscience qui pourraient survenir apparaissent comme totalement superflues, et surtout complètement à côté de la plaque. (On) y est si bien, qu'on réalise que quoi que l'on fasse, cela ferait fuir inexorablement ce bonheur sans causes et sans limites.

Grâce à cette simple constatation, la paresse gagne du terrain, gagne de l'ampleur. Laisser faire car vous, vous n'avez rien à faire, et de toute manière, vous n'avez jamais fait quoi que ce soit. La méditation qui était jadis intentionnelle perd peu à peu de sa force, de son intensité. L'effort fait place à l'absence d'efforts, parce que l'intellect étant cette fois informé est maintenant persuadé que tout effort nous en éloigne. Toute la force créatrice qui s'investissait dans la méditation s'épuise et renonce elle aussi. Il n'y a plus d'attention à… ni d'attention vers… l'attention est inattentive, il n'y a que pure réceptivité. « Qui », n'ayant plus rien à faire se met à fondre comme neige au soleil, puis disparaît. Et lorsque « Qui » disparaît, c'est l'éveil, sans rien ni personne à éveiller. C'est dans le moins que ça se passe, jamais dans le plus. Lorsque « Qui » disparaît, « Je » l'ego (selon mes propres mots) retrouve alors sa verticalité, son impersonnalité. Il retrouve alors sa nature originelle en tant que pur « Je » non illusionné, étant uniquement là pour perpétuer le mouvement comme avant l'aube de notre 4ème anniversaire. La question « Qui » suis je ? n'a alors plus aucun sens. Elle rappelle le mauvais souvenir d'une mauvaise question, qui en raison de ce « Qui » contenu en elle, a tourné le chercheur dans une mauvaise direction. Le chercheur, c'est elle qui l'a créée, c'est aussi elle qui lui fait ensuite endosser le rôle de méditant, de témoin, car tant que « Qui » est là, le chercheur a encore et encore l'occasion, ou plutôt l'impression d'être quelque chose. L'éveil n'est l'éveil de personne. L'éveil est aussi universel que l'espace qui nous entoure, aussi universel que l'air que l'on respire.

Il n'y a rien à chercher, rien à trouver, la dualité, la non dualité n'est pas le fruit d'un combat, celui d'une guerre sans merci entre le 1 et le 2. Mais la compréhension pleine et entière que c'est à partir de « SUIS », que le 2 s'actualise comme existence au sein de l'ETRE. Comme le dit Marigal : « la forme prend forme dans la non forme ». Le 2 étant l'outil primordial permettant à l'univers de se créer et de se recréer à chaque instant. Sans 2, il n'y aurait pas de manifestation. « Suis », le 1, ne fait rien, ne regarde rien, il est seulement l'arrière-plan qui rend tout cela possible.

Pour terminer, gardez toujours présent à l'esprit que tout ce que je vous dis là est déjà trop. Car c'est le « avant » le « juste avant » de toute chose. Ce dont nous parlons est si proche que le mot proche est déjà trop loin. Ne faites rien, savourez simplement ce qu'absence d'effort veut dire. Pas d'effort, pas de mental. Comme l'eau d'une marmite ne peut bouillir sans feu, le mental ne peut subsister sans effort. L'absence d'effort est LA condition sine qua non de l'éveil. Le pays de cocagne est toujours là, parce qu'il a toujours été là de toute éternité. Et malgré que l'on ne sache pourquoi, quelque chose a seulement donné l'impression qu'un « vous » l'avait pour un moment quitté. Tout est ok, tout est parfait, tout n'est que beauté infinie.

Bonnes nuits à toutes et à tous.



Franck Terreaux: L'Eveil pour les paresseux



Lorsqu'il est question de recherche spirituelle, les premiers mots qui nous viennent à l'esprit sont : méditation, ascèse, libération de l'emprise de l'ego ou encore conscience de soi. Ces mots résonnent ici comme des subterfuges nous éloignant inexorablement de ce que nous sommes.

Le "reste tranquille" de Ramana Maharshi retrouve enfin tout son sens.

Plus rien à chercher, plus rien à trouver, vous êtes ce que vous êtes avant même que vous ne le sachiez, avant même que vous ne commenciez à l'imaginer.

C'est le "avant" le "juste avant" de toute chose


Le spectateur a quitté la salle

"...alors souriant il me regarda et me dit : « Vous voyez, il n’y a rien à faire. » L’impact qu’a eu cette parole fut inimaginable. À cet instant, je sortis du rêve et aussitôt je me dis, « j’ai compris ! j’ai enfin compris ! »

- Mais compris quoi ?

- Compris que méditer ne servait à rien, qu’en méditant, qu’en essayant d’être détaché, qu’en essayant de me libérer de mes soi-disant conditionnements, j’étais complètement à côté de la plaque. Compris que chaque pas entrepris dans une direction m’éloignait inexorablement de ce que je cherchais, de ce que j’étais, autrement dit de tout, autrement dit de rien, ou plutôt de rien du tout, puisque c’est à partir de ce rien que tout se crée d’instant en instant.

J’avais désormais l’ultime conviction qu’il n’y avait nulle part où je devais aller, puisqu’il n’y avait nulle part où je puisse aller. Que l’univers était d’une perfection absolue, et que dans ce cas comme le disait Jésus, si tout était parfaitement accompli il n’avait aucune personne à parfaire.

- Plus rien à parfaire, plus rien à accomplir, la perfection la plus absolue qu’il soit. Et c’est depuis ce fameux jour que tu as cessé de méditer ?

- Parvenu à un arrêt, je me suis rendu compte à quel point le processus de FAIRE était présent dans la méditation, et que lorsqu’on a médité durant des années, il est très difficile de s’en défaire. C’est comme stoppé un navire lancé à pleine vitesse, le moteur a beau être coupé, la force d’inertie lui fait continuer sa route un long moment."

.../...

- Et maintenant qu’en est-il ? Qu’en est-il une fois qu’a été compris ce qui devait être compris ?

- Un immense paradoxe, l’éveil est le comble de tous les paradoxes. Ce qui le rend si insaisissable, c’est qu’à la fois tout change, et qu’à la fois rien ne change. En recherchant l’éveil on recherche un certain détachement, une certaine distanciation par rapport aux choses. Lorsque l’éveil désurvient, on se rend compte que toutes ces choses sont en « nous », que rien n’est à l’extérieur. Il ne s’agit pas à proprement parler de détachement, mais plutôt de non-relation.

Aussi tu réalises que tu es totalement à l’écart d’une société qui se sert de peurs afin de créer des besoins. S’il y a peur, il y a peur, mais sans peur d’avoir peur, sans besoin d’avoir besoin. Il n’y a plus non plus besoin d’être heureux d’être heureux, malheureux d’être malheureux. Toutes les perceptions, les émotions qui s’actualisent en « toi » deviennent pareilles à des enfants jouant dans un magnifique jardin, en n’ayant nullement le sentiment d’être regardées. N’étant plus sous l’autorité de qui que ce soit, elles peuvent cette fois s’épanouir dans l’incroyable beauté qu’est la vie. Ainsi, les joies sont de véritables joies, les peines de véritables peines, car personne n’est là pour vouloir à tout prix (sous je ne sais quel prétexte d’acceptation) ramener le malheur dans le camp du bonheur.

Autre chose, par exemple le rythme des saisons : la nature qui t’a tant émerveillé se met à parler. C’est alors que l’hiver tant redouté est magnifique l’hiver. Et c’est justement ça qui est si beau. Au printemps, ce qui semblait endormi et qui t’a tant émerveillé se réveille avec une force incommensurable, dont est ressenti le dynamisme de chaque instant. Le vert des prairies, l’or de l’automne, ou le simple fait de se promener sous des arbres, modifient constamment les perceptions corporelles. Le corps, n’étant plus bâillonné, a maintenant tout le loisir de percevoir. Les sens sont pareils à des portes ouvertes sur l’infini.

Parfois, cette beauté conduit à une telle plénitude que le corps semble trop petit pour pouvoir la contenir. Dans ces moments-là, est ressentie la joie en même temps qu’est ressentie la douleur. Il y a des instants comme ça où sans doute les opposés se rejoignent. Tu réalises alors que tout est régis par la loi de l’équilibre. Quand un malheur résonne aux confins de l’univers, un bonheur résonne dans des autres confins de ce même univers. Car en raison de ces éternels trous à creuser et à reboucher, la manifestation est basée sur l’affrontement permanent.

Un monde où tous les hommes, les animaux, les virus deviendraient beaux et gentils romprait immanquablement ce merveilleux équilibre.

Il y a des problèmes, cela ne fait aucun doute, mais il y a aussi des solutions qui gravitent autour d’eux en permanence. Dans l’absolu il n’y a pas une chose qui soit plus importante qu’une autre.

L’éternelle canette de soda qui traîne et que je ramasse chaque matin dans l’escalier du Conservatoire a autant d’importance comme pas plus d’importance que le grand concert qui se prépare le soir à l’auditorium. Même si l’homme est en chute, cette chute a autant d’importance comme pas plus d’importance qu’une feuille se détachant d’un arbre à l’automne. Il n’y a que UN, tout est ok, tout est parfait. Dans cette incommensurable beauté, tout est infiniment simple pour qui laisse ses yeux regarder.

- Plus de témoins, plus d’arbitres ni de libre-arbitre non plus, le spectateur a quitté la salle. Le sachant, il semblerait pourtant que tout a changé, alors que rien n’a changé.

Oui, et le plus fou, c’est de réaliser que ce spectateur qui a vécu tant d’années n’a en réalité jamais existé, au point que même le spectacle ne l’avait jamais remarqué.



© Extraits tiré de l'ouvrage L’éveil pour les paresseux, de Franck Terreaux. Editions Charles Antoni L’Originel.



jeudi 16 juin 2011

Pradeep Apte: Le Nisargadatta Sadhana (La Pratique)




Introduction

Mon Gourou Nisargadatta Maharaj a toujours souligné la nécessité de faire notre Sadhana (Pratique) afin de réaliser notre véritable nature. À travers ses dialogues il nous a donné des instructions très claires sur comment faire notre Sadhana et ce qu’il a expérimenté durant le processus.

Quoi qu’il ait dit sur le sujet est éparpillé dans dix livres qui forment la majeure partie disponible de ses dialogues publiés.

La plupart des lecteurs ont considérés le Sadhana comme une méthode en deux étapes :

1. Habiter dans le "Je Suis".
2. Transcender le "Je Suis"

Il faut comprendre clairement que ce qu’il décrit est une méthode en deux étapes qu’en apparence seulement, mais actuellement ce n’est qu’une seule étape. Ce n’est que pour aider la compréhension que cette division fut créée. C’est pareil au "vani" ou la parole qui est unique, mais pour faciliter la compréhension fut divisée en quatre : "vaikhari" (la parole prononcée), "madhyama" (la pensée ou le mot tangible), "pashayanti" (mot intangible ou formatif) et "para" (aucun mot)

Rappelez-vous que chaque fois que nous parlons, tous les quatre sont impliqués et opèrent comme une seule unité. En fait Sri Nisargadatta Maharaj a utilisé le "vani" ou la parole, dans un ordre inverse (de "vaikhari" vers "para") afin d’aller au-delà.

L’idée derrière cette compilation était de classer ce que Maharaj à dit à travers ses dialogues avec la même méthode à deux étapes.

Nous débutons avec "Habiter dans le Je Suis" et aux environs du milieu nous irons vers "Transcender le Je Suis". La continuité à été maintenue afin que cela ressemble à une seule étape, ce qu’elle est en réalité.

Une autre raison pour préparer cette compilation fut que j’ai toujours senti qu’il n’y avait aucun texte disponible qui décrivait le Sadhana prescrit par Maharaj.

Ce travail est une tentative de combler ce besoin, et quelle meilleure manière peut-il y avoir que celle d’utiliser les mots de Maharaj eux-mêmes. Les parties en italiques sont les miennes et le reste, les mots de Maharaj. J’ai eu recourt à des altérations mineures et à des enchaînements afin de facilité la lecture, sans en changer le sens.

J’espère que les adeptes de Sri Nisargadatta Maharaj et de son enseignement bénéficieront de cette compilation et l’utiliseront pour leur Sadhana.

Pradeep Apte
11 décembre 2010

Dédié à mon Gourou
Sri Nisargadatta Maharaj

"Le Nisargadatta Sadhana"


1. Vous devez comprendre votre "sens d’Être", de "Présence" ou le sentiment "Je Suis" que vous pouvez aussi appeler conscience, dans sa pureté absolue. La meilleure façon de faire cela, est de reculer dans le temps et d’essayer de vous souvenir où pour la première fois vous avez réalisé que "vous êtes" ou "Je Suis", qui est habituellement autour de l’âge de trois ans.

2. Pourquoi vous en souvenir? Parce que lorsque le sentiment "Je Suis" est apparu pour la première fois, il était dans sa pureté absolue, dépourvu de mots et ne possédait aucun ajout quel qu’il soit.

3. Cette phase de vivre avec le sens pur de "seulement être" ou du "Je Suis" sans mot se poursuit pour quelque temps et puis graduellement la contamination commence. Ceci entraîne le processus que nous appelons "conditionnement" qui vous sculpte en un individu vivant dans le monde et sous certaines circonstances.

4. En devenant adulte le fardeau de toutes ces additions, ou des contaminations sur le "Je Suis" devient tellement lourd que le "Je Suis" d’origine est complètement oublié et perdu en dessous. Le "Je Suis" dans sa pureté absolue est encore là avec vous, même présentement, sauf que vous êtes incapable de le remarquer ou de l’attraper.

5. Si vous êtes incapable de vous souvenir du moment où pour la première fois vous avez réalisé que "vous êtes" ou "Je Suis", alors vous pouvez essayer de l’observer au moment ou vous vous éveillez le matin. Ceci va requérir de l’effort, car lorsque vous vous éveillez, le mouvement "je suis ce corps qui s’appelle untel dans le monde, et je dois faire ceci ou cela…" est tellement rapide que vous êtes incapable de prêter attention au pur "Je Suis".

6. Le premier pourrait être appelé l’approche du "souvenir d’enfance", alors que le deuxième pourrait être appelé l’approche du "réveil". Vous pouvez utiliser celui qui vous sied le mieux ou vous pouvez utiliser une combinaison des deux, l’idée est d’approcher le "Je Suis" dans sa pureté absolu.

7. Chaque mot du Gourou reflète sa sagesse étonnante et les questions qu’il pose à l’aspirant sont d’une nature extrêmement profonde. Tout ce qu’il dit ou demande est rempli d’instructions à notre égard.

8. Les efforts du Gourou sont pour nous faire comprendre et réaliser la pureté absolue du "Je Suis". En trouvant des réponses à des questions comme : Quand pour la première fois avez-vous su que "vous êtes" ? Ou : Peut-il y avoir un sens du "Je" sans être quelqu’un ou l’autre ? Les deux vous entraînent vers le "Je Suis" dans sa pureté absolue.

9. Les affirmations du Gourou qui vous dirigent au pur "Je Suis" sont : Le sens du "Je Suis" est toujours avec vous, mais vous y avez attaché des choses (contaminations) – le corps, des sentiments, des pensées, des idées, des possessions ainsi de suite. Toutes ces identifications avec le Soi sont trompeuses. À cause d’eux, vous vous prenez pour ce que vous n’êtes pas.

10. Le Gourou nous recommande constamment le Sadhana de demeurer dans le "Je Suis" : Le sens "d’Être", du "Je Suis", est le premier à émerger. Demandez-vous d’où il vient ou, observez-le silencieusement. Lorsque le mental demeure dans le "Je Suis", sans bouger, vous entrez dans un état qui ne peut pas être verbalisé mais qui peut être expérimenté. Tout ce que vous devez faire est d’essayer et d’essayer encore.

11. Soyez convaincu que tout ce que vous pouvez dire à propos de vous-même est, "Je Suis". Regardez-le bien car toutes les définitions s’appliquent seulement à votre corps et ses expressions. Par la seule conviction que "Je Suis", votre obsession avec le corps partira.

12. La conviction que l’unique affirmation vraie à propos de vous, le "Je Suis", arrivera en étant sérieux, en cherchant, enquêtant, questionnant quotidiennement et à toutes les heures, en consacrant votre vie entière à cette découverte.

13. Refusez toutes les pensées sauf une: "Je Suis". Le mental se rebellera au début mais avec la pratique, la patience et la persévérance, il cèdera et deviendra silencieux. Lorsque vous serez tranquille, des choses commenceront à survenir spontanément et très naturellement, sans aucune interférence de votre part.

14. Pourquoi ne pas vous détourner de toutes vos expériences vers celui qui expérimente? Vous devez réaliser toute l’importance de la seule affirmation vraie que vous pouvez faire : "Je Suis". Seulement "Je Suis", c’est tout ! (Pas d’ajouts, pas d’accessoires)

15. Gardez simplement à l’esprit le sentiment "Je Suis", immergez-vous en lui jusqu’au moment où votre esprit et votre sentiment deviennent un. Avec des essais répétés vous arriverez au bon équilibre entre votre attention et votre affection, et votre esprit sera fermement établi dans la pensée-sentiment "Je Suis".

16. Rappelez-vous toujours que nonobstant ce que vous pensez, dites ou faites, ce sens immuable et affectionnant d’Être, demeure l’arrière-plan éternellement présent du mental en tant que la pensée-sentiment "Je Suis"

17. Ne vous préoccupez pas de quoi que ce soit; ce que vous voulez, ce que vous pensez ou faites, restez simplement dans la pensée-sentiment "Je Suis", focalisant fermement le "Je Suis" dans le mental. Dès que vous déviez, rappelez-vous : tout ce qui est perceptible et concevable est transitoire et seul le "Je Suis" perdure.

18. J’avais confiance en mon Gourou, il m’a dit de me concentrer sur le "Je Suis" – Je l’ai fait ! Il m’a dit que je suis au-delà de tout ce qui est perceptible et concevable – J’ai cru ! Malgré que je doive travailler pour permettre à ma famille de vivre, à mon cœur et mon âme j’ai donné mon entière attention, et la totalité de mon temps libre à mon Sadhana.

19. Établissez-vous fermement dans la conscience du "Je Suis". C’est le début et également la fin de toutes les démarches. Vous pouvez choisir n’importe quelle voie qui vous convient, mais ultimement c’est votre sérieux et votre sincérité qui détermine le rythme de la progression. À cause de ma foi et de mon sérieux j’ai réalisé mon Swarupa (Soi) en moins de trois ans.

20. Afin de connaître ce que vous êtes, vous devez d’abord chercher ce que vous n’êtes pas, et pour cela vous devez vous observer soigneusement, rejetant tout ce qui ne va pas nécessairement avec le "Je Suis". L’idée : je suis né à un certain endroit et à un certain moment, de mes parents et maintenant je suis untel, vivant là, marié à, père de, embauché par, et ainsi de suite. Tout cela n’est pas inhérent au sens du "Je Suis". Notre attitude habituelle est "Je suis ceci ou cela".

21. Séparez systématiquement et avec persévérance le "Je Suis" de "ceci" ou "cela" et essayez de ressentir ce que cela signifie de simplement être, seulement être, sans être "ceci" ou "cela". Plus vous comprendrez clairement qu’au niveau du mental vous ne pouvez qu’être décrit en des termes négatifs seulement, plus rapidement arriverez-vous à la fin de votre quête et vous réaliserez votre Être Illimité.

22. Comprenez bien, que sans le "Je Suis" il n’y a rien. Toute connaissance est à propos du "Je Suis". Les fausses idées concernant le "Je Suis" mènent à l’esclavage, la véritable connaissance mène à la liberté et au bonheur.

23. Comprenez que le sens du "Je Suis" est vous-même. Vous ne pouvez pas vous en séparer, mais vous pouvez l’associer à n’importe quoi, comme en disant, je suis jeune, je suis riche et ainsi de suite. Mais rappelez-vous toujours, toutes ces auto-identifications sont manifestement fausses et la cause de l’esclavage.

24. Abandonnez toutes les questions sauf: "Qui suis-je ?" Après tout, le seul fait dont vous êtes sûr est que "vous êtes". Le "Je Suis" est certain, le "Je Suis ceci" ne l’est pas. Luttez pour trouver ce que vous êtes en réalité.

25. C’est le "Je Suis" que vous aimez présentement, et, que vous aimez le plus. Donnez votre cœur et votre esprit au "Je Suis", ne pensez à rien d’autre. Faire cela, lorsque sans effort et naturel est l’état le plus grand. En lui, l’amour lui-même est l’amoureux et le bien-aimé.

26. Plongez profondément à l’intérieur de vous et accrochez-vous au "Je Suis". En focalisant le mental sur le "Je Suis", le sens "d’Être", le "Je suis untel" se dissout. "Je suis un témoin seulement" demeure et cela également est submergé dans le "Je suis tout". Puis le tout devient "Un", l’Indivisible, l’Éternel.

27. Accrochez-vous sur la seule chose qui compte, agrippez-vous au "Je Suis" et laissez tomber tout le reste – ceci est le Sadhana. La concentration sur le "Je Suis" est une forme d’attention. Donnez votre entière attention individuelle sur la chose la plus importante dans votre vie – vous-même.

28. Mon conseil pour vous est très simple – simplement de vous souvenir de vous, "Je Suis", c’est suffisant pour guérir votre esprit et pour vous amener au-delà, ayez juste un peu de confiance.

29. Le Sadhana consiste à se rappeler avec force de notre pur "sens d’Être", de n’être rien en particulier, pas une somme de particularités, même pas la totalité de toutes les particularités, qui forment un univers. C’est correct de dire "Je Suis" mais de dire "Je suis ceci", "Je suis cela" est un signe de non-investigation, de non-examen, de faiblesse mentale ou de léthargie.

30. Restez avec le "Je Suis" et rejetez tout le reste. Soyez content avec ce dont vous êtes certain, et la seule chose dont vous pouvez être certain c’est "Je Suis". Ceci est le Yoga.

Lire la suite sur le blog:  itisnotreal.blogspot.com


lundi 6 juin 2011

Monko: Le sens



Il ne s'agit effectivement pas d'être effrayé à une idée, mais à la vacuité absolue qu'elle renvoie, et d'où elle vient, à la toute-impossibilité du moindre mouvement, de la moindre pensée vis-à-vis de ce qui est. Il s'agit d'être percuté par la peur de disparaître, du présentiment de n'être personne, de ne pas avoir une vie à mener, à améliorer, ou à détruire, de n'avoir pas la moindre once de pouvoir, le moindre support ou appui, que les choses soient absolument dénuées de sens, sans valeur, sans origine ni destination, et que la nature essentielle de toute chose soit un rien, que la nature de l'être soit "non-être". Effrayé à l'idée que tout dans notre vie n'ait été qu'illusion et que le sens réel de la vie soit notre disparition. La plupart des gens voudraient s'éveiller à la Conscience ou à l'amour gentiment, en évitant tous les désagréments, par la logique, à travers l'effort (ou le non-effort), en fuyant la peur ou poursuivant je ne sais quoi. "Je m'aime", "je vous aime", "la vie est belle", entend-on dire; évidemment, tout dépend de l'origine et de l'intention derrière tout ça. Mais dans l'éveil, il n'est nul besoin de ce genre d'assertions. C'est bien souvent un truc egotique, comme de se détester, de haïr, etc... Mais quiconque n'a pas haï de toutes ses forces ne peut trouver le sens de l'amour. Bref...

Il s'agit de mourir, à tous nos espoirs, de tomber dans le vide absolu et de voir...que le vide n'est pas vide, qu'il a toujours été ce que nous étions, l'essence de toute chose, plénitude. Et une fois disparus, nous revenons à l'existence sans y naître, ("heureux celui qui est avant d'exister disait Jésus) tout en gardant l'absence de dynamismes liée à notre disparition. Nous dormons éveillés. La bénédiction et félicité que sont le sommeil, l'inconscience, deviennent notre éveil, notre conscience. Ainsi n'y a-t-il plus personne ni rien pour être conscient des choses, mais la Conscience devient la nature même des choses, l'immobilité des choses. Dans ce grand univers, il ne se passe rien, sinon le mouvement majestueux et vide de ce grand univers lui-même, qui est Conscience.

Il n'y a jamais eu personne ou quoi que ce soit dans cet univers, pas de vie DANS l'univers. Juste la vie, absolue, "en tant" que l'univers. Et par univers, je l'entends autant au niveau micro que macro. L'univers n'a pas de mesure, comme l'amour, la conscience, la vie.

Et bizarrement, c'est alors que "profiter" de la vie surgit, laissant se libérer, sans but, notre propre programmation, nos conditionnements, nos particularités, qui sont l'univers même. Ca devient magique, éternel et sans cesse renouvelé. Vivre ainsi sans mémoire, sans projection, sans centre. Libres.

dimanche 15 mai 2011

Yolande: Rencontres à Bonneville


RENCONTRES AVEC YOLANDE

Yolande vous propose une série de rencontres qui auront lieu dans le silence.

Après avoir témoigné pendant plusieurs années verbalement en conférences, et par écrit dans son livre « Le Silence Guérit » paru en 2010, actuellement Yolande laisse parler son regard duquel jaillit une énergie de pure lumière.

La puissance de ce regard silencieux est une étreinte invisible, profonde, d’amour et de chaleur qui ravive l’étincelle divine que chacun porte en soi .

Source du texte : Dsyolavie

DATES :
Dimanche : 22 mai, 5 juin, 12 juin, 19 juin et 26 juin.
Lundi : 13 juin.

D’autres dates suivront.

HORAIRES DES RENCONTRES :
Matin à 10h00, 11h00 et 12h00.
Après-midi à 14h30 et 15h30.

LIEU :
Restaurant "La Grenouillière"
298, Route des Lacs, « rue Guy Chatel »
74 130 AYZE – BONNEVILLE
Tél : 04 50 97 03 20
E-mail : restaurantlagrenouillere@gmail.com

Le restaurant est ouvert le samedi soir et vous propose aussi un buffet-brunch à l’intérieur ou sur la terrasse ensoleillé le dimanche de 12h30 à 14h00. Réservation obligatoire.

Site du restaurant : La Grenouillière



DEROULEMENT :
A chaque rencontre un temps de 15 minutes est proposé pour que vous puissiez vous préparer à être présent en soi. Ensuite vous vivrez l’expérience du silence avec Yolande pendant 10 minutes. Suivra un temps libre jusqu’à la rencontre suivante.

INSCRIPTION et REGLEMENT dès 9h30.
Une participation de €50,- est souhaitable pour les 5 rencontres journalières, néanmoins ceci ne doit empêcher personne d’y participer.

Si vous êtes intéressé(e)s demandez le bulletin d’inscription en cliquant sur :
dsyolande-contact@orange.fr

ACCES EN VOITURE :
- Depuis l’autoroute A40 (E25) entre Genève et Chamonix prenez la nouvelle
  sortie 17 Bonneville – Zones Industrielles.
- Des panneaux de signalisation “Restaurant La Grenouillère” se trouvent à
  chaque carrefour pour vous faciliter l’accès.
- Au premier rond-point prenez la troisième sortie, direction Thyez, Marignier
- Au deuxième rond-point prenez la deuxième sortie, direction Ayze, Thyez,
   Marignier
- Au troisième rond-point prenez la deuxième sortie, direction Ayze
- Ensuite prenez la deuxième petite route sur votre droite
- Le restaurant est à 100m sur la gauche
- Le parking est en face à votre droite.
Google map / Itinéraire Michelin
Noter que de nouvelles routes n'y figurent pas et que maintenant la Route des Lacs est reliée au rond-pont et n’est plus accessible directement depuis La Route de Cluses. Elle a aussi changé de nom et s’appelle actuellement rue Guy Chatel.

ACCES EN TRAIN :
Gare la plus proche – Bonneville (en Haute Savoie).
Informations et réservations : SNCF
Depuis Genève partez de la gare Genève-Eaux Vives.
Taxi Dherbey depuis la gare de Bonneville : 04 50 25 60 60 ou Taxi 74

HEBERGEMENTS :
Hôtels à proximité : Google map
Campings à proximité : Google map

L'éveil et l'illumination


 
Texte de la vidéo:
 
1) Tout est Conscience

Tout ce qui Est, est Conscience et cette Conscience crée l'univers pour pouvoir Se connaître, et pour se faire prend des milliards de formes diverses. Elle prend la forme de matière, elle prend la forme de plantes, d'arbres et les fait pousser. Elle prend la forme d'animaux et les fait agir instinctivement et ressentir des émotions, et la Conscience prend la forme de l'homme et elle lui donne un ego et un intellect. Tout comme la matière, les plantes et les animaux, nous sommes, nous, les humains, des instruments joués par la Conscience. Seulement, à cause de l'ego, l'idée apparaît qu'on est un individu séparé avec un libre arbitre qui décide par lui-même de ce qu'il veut ou ne veut pas. Mais ça c'est de l'imagination. Un arbre n'a pas cette imagination. Un arbre pousse, reçoit des feuilles, perd des feuilles, bouge avec le vent et devient mouillé dans la pluie, se chauffe dans le soleil, et se refroidi dans la neige. Il arrive plein de choses à l'arbre sans que l'arbre ait l'idée que c'est lui-même qui provoque tout cela.

Imagine maintenant qu'on lui donne un ego et un intellect. Alors l'arbre réfléchit ainsi: Moi je suis un arbre, je pousse, je choisis de bouger dans le vent, je fabrique de nouvelles branches, je perds des feuilles. La seule chose que fait l'ego, est de penser que l'instrument même fait l'action. En réalité c'est la Conscience qui fait tout.

L'action survient mais il n'y a personne qui le fait dit Bouddha.

Tout est fabriqué de la même pâte à modeler cosmique. En réalité tu es Conscience. La plupart des personnes au contraire pensent être leurs pensées, corps et émotions. Elles se perçoivent comme un individu séparé.

L'homme expérimente ses pensées, émotions comme une chose séparée du reste, une sorte de trompe l'œil de la conscience, dit Einstein.


2) S'éveiller

Ramana Maharshi avait une seule question: "Qui es-tu?". Es-tu ton corps, ta forme matérielle? Et-tu tes molécules et atomes?

La science quantique a découvert le point zéro. 273°C en dessous de zéro est le point où toute chose semble disparaître. Et justement sur ce point, il y a un champ d'énergie d'une ampleur inconnue. Ce champ est la conscience avec laquelle tout est créé. Toute la matière, donc notre corps, est Conscience.

Es-tu tes sens? Tes yeux ne voient pas, tes oreilles n'entendent pas, ta peau ne ressent pas, ta langue ne goûte pas et ton nez ne sent pas. C'est la Conscience qui fait tout. Quand un boxeur est KO il n'y a rien de mal avec ses oreilles ni ses yeux, mais sans la Conscience ses sens ne fonctionnent pas. Seulement quand le boxeur reprend connaissance, les sens se remettent à fonctionner.

Es-tu tes pensées?

Comme la science l'a découvert maintenant, l'homme n'est pas le créateur des pensées mais le récepteur. A partir de la Conscience arrive un stimuli, après quoi, activé, survient dans le cerveau, et une demi seconde après seulement, l'homme se rend compte qu'il veut quelque chose.

Tu ne penses pas. Tu ES pensé. C'est la Conscience qui fait tout.

Es-tu tes émotions et tes sentiments?

L'homme n'est pas le créateur des émotions et des sentiments mais les émotions et les sentiments surviennent en nous. L'homme est l'instrument joué par la Conscience.

Mais à cause de l'ego l'idée survient, que nous, comme individus séparés, faisons tout. L'ego est le faiseur du moi et ajoute "je" à tout. La pensée survient "Je pense". Une émotion survient: "Je sens". Un choix est fait: "Je choisis". Un son se fait entendre: « J’entends". Une image est vue: "Je vois".

"Je "est une idée mais en réalité tout est Conscience. Et quand ça c'est vu, l'éveil commence.


3) L'illumination

En cherchant l'illumination, l'homme se demande "Qu'est ce que je dois faire pour être illuminé?" « Quel chemin dois-je prendre, quelle chose dois-je faire? ». Mais justement ce "Je" ou l'idée de la séparation est la blague cosmique. Tu es déjà Conscience, tu es déjà illuminé. Mais à cause de l'ego et de l'intellect, l'illusion semble dire le contraire.

"Le plus grand obstacle pour l'illumination, est la croyance que tu n'es pas déjà illuminé" Ramana Maharshi

Quand on pense être un individu séparé, des émotions d'orgueil et de culpabilité surviennent. Et on pense que nous, étant individus, faisons des choix. Et on a l'idée que les choses pourraient être différentes de ce qu'elles sont. Dès que l'identification de toi comme séparé, change vers toi comme Conscience, ce monde de souffrance disparaît. Quand il y a la réalisation que tout est conscience, tu laisseras le corps/mental suivre son chemin tranquillement. Tu es alors l'observateur témoin de ce qui se passe. Sans vouloir contrôler, sans stress, sans crampes, sans peurs, sans désirs, frustrations et sensations de culpabilité, et alors on réalise que tout est parfait et que tout l'univers et notre vie est un jeu dans lequel, nous, étant Conscience, pouvons nous reconnaître.

Vu sur le blog de Shandora

vendredi 25 mars 2011

Maître Eckhart: Se quitter soi-même




Le monde dit : « Je voudrais tellement vivre la piété et la ferveur que d’autres semblent vivre, être en paix avec Dieu comme d’autres le sont, être véritablement pauvre. » Ou encore : « Quoi que je fasse et où que je sois, je ne suis jamais satisfait. Je voudrais tant être loin de chez moi, sans affaires, dans un monastère ou un lieu reculé. »

En vérité, tout cela n’est autre que toi, ta volonté propre que tu suis constamment sans même t’en rendre compte. Que tu l’admettes ou non, jamais un mécontentement ne surgit en toi qui ne soit ta création.


Entendons-nous bien : fuir ceci, aller vers cela, éviter ces gens, rechercher manière ou occupation n’est que ton agitation. La cause de tes difficultés n’est pas dans les choses, c’est toi-même dans les choses. C’est pourquoi regarde-toi d’abord et quitte-toi. En vérité, tant que tu ne te libères pas de ton vouloir, tu auras beau fuir, tu retrouveras partout obstacles et inquiétudes.

Chercher quoi que ce soit dans les choses extérieures, la paix, un lieu de retraite, la société des hommes, telle façon d’agir, les nobles œuvres, l’exil, la pauvreté ou l’abandon de tout, quelle qu’en soit la grandeur tout cela n’est rien, ne compte pour rien, ne donne rien — surtout pas la paix. Pareille quête ne mène nulle part : plus on cherche ainsi, moins on trouve. Ayant pris un chemin faux, on ne fait que s’éloigner davantage chaque jour.

Que faut-il donc faire ?

D’abord, s’abandonner soi-même et, de la sorte, abandonner toute chose. En vérité, celui qui renonce à un royaume, au monde même, en se gardant soi-même, ne renonce à rien. Mais l’homme qui se renonce lui-même, quoi qu’il garde, richesse, honneur ou quoi que ce soit, a renoncé à tout. (…)


Regarde et, là où tu te trouves, renonce-toi. Voilà le plus haut.

Sache que jamais personne ne s’est assez quitté qu’il ne trouve à se quitter davantage. Commence donc par là, meurs à la tâche : c’est là que tu trouveras la paix véritable, et nulle part ailleurs.

Quelques paroles que le vicaire de Thuringe, prieur d’Erfurt, frère Eckhart, de l’ordre des Prêcheurs, adressa à ses fils spirituels qui lui posaient toutes sortes de questions lorsqu’ils étaient rassemblés pour la collation du soir.

mardi 15 mars 2011

Osho: l'art de mourir



Vous n'avez pas de visage. Tous les visages sont faux. Vous pouvez avoir l'apparence d'un lion, vous pouvez avoir l'apparence d'un âne , vous pouvez avoir l'apparence d'un arbre ou d'un rocher. Actuellement vous avez le visage d'un homme ou d'une femme, laid ou beau, blanc ou noir.

Mais en réalité vous n'avez aucun visage. Et cet état de Sans-Visage est ce que les gens du Zen nomment « Le visage originel » Mais ce n'est pas du tout un visage au sens ordinaire du terme.

Lorsque vous n'étiez pas né, quel visage aviez vous ? Quand vous allez mourir, quel visage emporterez vous ? Ce visage que vous voyez là-bas dans le miroir tombera de lui-même, il disparaitra dans la terre. Rumi l'appelait notre visage de poussière, la poussière retournera à la poussière. Vous partirez sans visage comme vous êtes venu sans visage .

Juste maintenant, vous n'avez pas de visage, le visage est juste une croyance, vous faites beaucoup trop confiance dans le miroir. Mais quand vous réalisez votre Visage sans visage, vous avez vu le Visage de Dieu.

Vu sur le blog Ipapy

mardi 8 mars 2011

Gaston Saint-Pierre: Présence




En ta présence, il n’y a ni commencement ni fin, juste une autre dimension, comme une absence épuisée, un nulle part où le vide n’est pas, un dépassement de la notion de l’absence de forme, une négation. Et pourtant la matière et l’absence de forme, l’espace et l’absence d’espace, le temps et l’absence de temps y sont subsumés. L’intellect dit : En ta présence… comme moyen de s’approprier l’intelligence pour lui-même en la rendant distincte. S’il y a un ‘tien’ il peut y avoir un ‘mien’. Si L’absence d’espace, L’absence de temps peuvent être concu, alors, pense l’esprit, une forme peut être donnée à l’absence de forme, comme si la conception de la présence par l’intellect pouvait remplacer la Présence.

L’expérience, la connaissance, rien que d’anciennes traces se dissolvant dans l’absence de souffle de la présence, la mémoire se raccrochant à sa structure aux multiples facettes pour assurer la progression de l’ombre vers la lumière, de l’ignorance vers la connaissance, de l’absence vers la présence. Mais la métamorphose se moque de toutes ces tentatives car rien ne peut être atteint. Il n’y a pas un d’ici à là-bas, un d’alors à maintenant. Pas de continuité dans la Présence, car la Présence est à jamais présente, un cadeau qui ne peut pas être donné.

Soyez joie, action, vérité, silence, repos, totalement dans la verticalité, de sorte que les différents plans puissent révéler leur être dans sa complétude. Soyez lumineux et reconnaissez la qualité transitoire des aspects de l’être. Embrassez l’ambiguïté des apparences tout en restant connecté, avec légèreté mais intensité, aux échafaudages sans structure des demi-teintes et des ombres, des échos et des harmonies dans la césure sans effort de la présence et Présence. Soyez immobile dans l’insaisissable silence et sachez qu’il n’y a pas de transition possible, pas d’évasion, juste de l’immédiateté.

Ne soyez pas le corps qui exige de la vie sa subsistance mais celui qui détermine l’abondance de la vie. Ne soyez pas l’esprit qui recherche la transcendance des pensées, car ce sont de la matière immobile déguisée, mais celui qui prend plaisir dans le défi de sa propre fin. Ne soyez pas l’émotion d’où découle la direction mais celui qui ne connaît ni circonférence ni centre. Et avec une infinie tendresse, invitez-les tous au festin de la puissance en tant que couteaux, fourchettes et cuillères, doigts, orteils et sinus d’agapes sans limites initiées par la Présence pour son propre divertissement.

Gaston Saint-Pierre
Traduit de l’anglais par Catherine Frantz

lundi 28 février 2011

Le Moine Gojo: La personne ne perçoit rien





Notez bien une chose: la personne, corps-mental, à laquelle nous sommes si souvent identifiés ne perçoit rien.

Elle n'a pas ce pouvoir.

Au contraire, elle est perçue, et ce qui la perçoit est la Conscience.

La personne n'est que sensations (le corps) et pensées (le mental), elle est comme un flux.

Il n'est aucune entité que nous puissions trouver hors ce flux, lui même sans substance.

Une pensée ne perçoit rien, elle est juste une fonction, et elle est perçue.

Il en est de même pour le corps.

Un objet ne peut à la fois être objet et sujet, perçu et percevant.

Lorsque j'ai l'impression, par exemple, de percevoir mes pensées, ces pensées sont perçues, et l'entité imaginaire supposée percevante l'est aussi.

(toujours sous forme de pensées ou de sensations diverses).

L'unique percevant de toutes choses , le sujet ultime, est la Conscience.

Et nous sommes Cela.

Trouvé sur le blog "Approche de la Non-Dualité"

vendredi 28 janvier 2011

Betty: La Grande Joie



Il y a eu ce moment où la grâce s’est installée.

Elle prend toute la place. Cette présence ne demande rien, ne qualifie rien, se meut d’elle-même et ne retient rien, elle est donc fraîche à chaque instant.

Elle est la grande joie.

Être conscient de ne rien être et de ne rien savoir a foudroyé ce désir d’exister, me laissant dans un perpétuel étonnement!

Je suis un nouveau-né qui constate que la conscience s’expérimente de si merveilleuses façons : le cycle des saisons, l’air chargé de lumière et d’humidité, les oiseaux qui valsent dans cet espace nommé ciel, les individus qui rêvent d’exister mais ne sont séparés de rien.

Dans le tout vibrent la connaissance, la non-connaissance et l’absence de cette idée de connaître et de ne pas connaître.

J’ai cessé de m’identifier à la pensée. Je la vois pour ce qu’elle est, point final. Cette pensée qui est un attribut du cerveau et qui habite dans le cerveau du corps humain. Cette machine qui s’attribue des titres selon ce que la société a décidé : voici un bohème, un intellectuel, un chercheur spirituel. Et c’est accepté, car ça semble réel dans le monde de la pensée : Je sais veut dire quoi? Sembler avoir fait le tour de la connaissance? Non! C’est croire encore un peu plus que la pensée va nous propulser hors de la pensée et régler une fois pour toute cet appel à accumuler des connaissances! Ce rôle que vous donnez à la pensée est une illusion. La pensée est sans vie car elle est déjà morte dans le temps et survit dans la mémoire. Elle écrase l’élan de vie, les bourgeons gorgés de possibilités, l’innocente sensibilité.

La Vie, elle, renaît à chaque instant; sa beauté est en mouvement et ne peut être comprise par la pensée. C’est un espace vierge où la pensée ne pénètre pas. La pensée travaille dans l’arrêt et l’analyse, la Vie est le mouvement et ne demande rien.

La pensée, en voulant la saisir et se l’approprier, est découpée en petits morceaux voilant ainsi sa beauté. La pensée s’est attribué une fonction : exister et le prouver à tout prix ! Quand la réalité dite physique n’est pas suffisante, la pensée se cherche des alliés à sa source même : la mémoire! La mémoire individuelle, collective, universelle, galactique et extra-terrestre. N’importe quoi pour arriver à se prouver qu’elle existe… et qu’elle a raison.

On ne rêve que de soi dans le monde de la pensée! Est-ce nécessaire de s’identifier à cet attribut du corps? Pas plus nécessaire que de s’identifier aux ongles de ses doigts!

Il faut la voir pour ce qu’elle est : la pensée n’est qu’un mécanisme délirant qui fabrique des images, des buts, des dieux, des croyances, et vous lui donnez vie avec l’énergie de la Source. Cette Source qui est là, bien avant la pensée, et vous attend. Vous lui soutirez des brins de Vie pour alimenter votre désir d’exister individuellement! C’est épuisant et à l’opposé de votre vraie nature. Quand le rêve sera reconnu, la Vie tel un alchimiste vous transformera et vous constaterez : « Je suis Cela, je suis la Vie qui s‘expérimente et s’exprime si parfaitement! » et votre joie sera sans fin!

La pensée est regardée pour ce qu’elle est. Elle passe de plus en plus comme une photo ancienne, puis comme un négatif, puis comme une petite brume. Laissez-vous un peu tranquille avec cette histoire de pensée.

Quand on se rend compte un jour dans une grande souffrance, qui est une bénédiction, qu’on ne peut plus contrôler ça, que tout mouvement de la pensée est inutile, et que vouloir devenir quelqu’un ou quelque chose est inscrit dans le temps, que penser comprendre est un piège puéril, on est foudroyé sur place : le délire cesse, le silence s’installe. La Vie prend le relais et elle est au rendez-vous!

L’être ne s’éveille pas : il arrête de rêver qu’il existe en tant que pensée individuelle et se fond complètement dans le tout.

La Vie est si parfaite.

La grande joie est le retour à la Source.

Profonde gratitude

Betty

Source: http://www.lagrandejoie.qc.ca/textes/002_LaGrandeJoie.html