lundi 30 août 2010

Yolande


Cette sensation d'inexistence qu'on appelle l'éveil


Yolande connaît un éveil spontané en 2003, au beau milieu d'une existence banale, de mère, épouse, femme d'affaires. Sans référence à aucune tradition spirituelle, elle témoigne par des entretiens.

Laurence Vidal : - Peut-on parler de pédagogie de l'Éveil ?

Yolande - On peut en parler, si on veut... Mais, profondément, ça ne sert à rien. Car on aura beau en parler pendant des milliers d'années, tant qu'on ne le découvre pas par soi-même on ne peut pas le voir, on ne peut pas l'entendre.

Moi, j'ai envie de dire : soyez tout simplement ce que vous connaissez actuellement. Soyez honnête envers vous-même... Qu'aimez-vous en ce moment ? Que faites-vous ? Que sentez-vous ? Que pensez-vous, là, maintenant ? À ce qui est là pour vous, en cet instant, donnez-vous pleinement... Votre conscience individuelle est universelle, donc donnez-lui votre coeur et votre esprit. Ne pensez à rien d'autre... Quand cela se fait naturellement, sans effort, c'est le plus haut des états.

C'est « cette chose », Absolu, Réalité ultime, qui vous cherche. Et qui vous trouvera au moment où Elle l'aura décidé. Dans cet état au-delà de tout état, dans ce grand coeur qui bat éternellement, spontanément, vous découvrirez qui vous êtes vraiment...

Car la seule vraie pédagogie, c'est une fois « cette chose » mise à découvert. « Cette chose » qui fait que l'on cesse de se prendre pour ce que l'on n'est pas : le corps, les sens, le mental, les émotions ; que l'on cesse de se prendre pour une personne. Cette sensation d'inexistence, qu'on appelle l'Éveil, est spontanée, instantanée. Là, une clarté se fait, une transformation intérieure, un enseignement intérieur très puissant.

Et c'est le seul enseignement vrai.

C'est « cette chose », cet Absolu qui enseigne...

Oui, c'est cette découverte qui va prendre le pouvoir sur tout, donc sur l'ego.

On ne peut pas tuer l'ego. Mais « cette chose », elle, a le pouvoir de faire en sorte que l'ego n'ait plus le pouvoir de se reconstruire d'instant en instant. On continue à jouer notre rôle, à vivre avec cette conscience manifestée, mais elle n'apparaît plus qu'au second plan. Au premier plan, il y a ce silence, cette verticalité. Alors l'horizontalité, c'est-à-dire la conscience manifestée, est.

À ceux qui s'identifient toujours à leur « personne » et aspirent à l'extinction de l'ego, que peux-tu dire ?

D'accord, il n'y a pas eu la découverte de cet état, mais... Mais cet état - qui n'en est pas un - on l'est tous déjà. L'Éveil, c'est la découverte de l'unicité. C'est voir qu'avant d'être cette conscience manifestée, qu'elle soit individuelle ou universelle, tu es « quelque chose » qui est « en amont ». Tous, on est « cette chose », on est cet Absolu. Simplement, c'est recouvert par cette conscience.

Donc, « cette chose » est là, cette puissance est là. Et c'est elle qui va te trouver. C'est elle qui va te saisir, te faire découvrir la réalité vraie. C'est elle qui va t'enseigner.

Découvrir votre vraie nature. Il n'y a que vous et, quand vous savez cela, il n'y a que l'amour.

Avant ça...

Avant ça, si j'en crois ma propre expérience, il s'agit d'être tout simplement ce qu'on est, d'être honnêtement ce qu'on est. Autrement dit, de faire un avec la vie, avec ses désirs, ses souffrances, avec tout ce qui se présente. C'est vivre pleinement, intensément, simplement... C'est ne pas se croire plus fort que soi-même. C'est éviter d'avoir deux ou trois voix dans sa tête - déjà, une qui affirme que l'on est une personne, ça suffit ! C'est essayer d'accepter la vie telle qu'elle est, du mieux qu'on peut, sans prétendre avoir la capacité d'être autrement que l'on est, de faire autrement que l'on fait.

C'est accueillir la vie comme elle est, sans l'éternel commentaire qu'elle devrait être autrement ?

C'est être le plus fluide possible avec la vie. C'est ça vivre simplement. Ça ne veut pas dire avoir une vie très intense, très mouvementée. C'est, quelle que soit ta vie, passionnée si tu es de nature passionnée, tranquille si tu es d'un naturel tranquille : l'accepter telle qu'elle est. Déjà, bien souvent, il y a une voix qui murmure « je devrais m'y prendre autrement, ma vie devrait être autrement... » Alors, accepter cette voix. Ne pas compliquer les choses. Ne pas laisser s'imposer, par exemple, une nouvelle voix qui dirait « il ne faut pas qu'il y ait cette voix qui parle dans ma tête »...

Se laisser vivre, simplement, la vie qui apparaît à nous.

- Quand tu dis « vivre intensément » : de quelle intensité parles-tu ?

Je fais référence à ce que j'ai vécu. Je n'ai pas eu une vie intense, avec des passions, des choses qui m'ont fait vibrer fort. Non... Vivre intensément, pour moi, c'est vivre intensément l'amour de ton fils, vivre intensément l'amour de ta mère, vivre intensément l'amour de toi-même... Tu vois, c'est ça. Peu importe si tu es une star ou une femme de ménage. « Intensément », ça fait référence à l'amour de la vie. Ça peut être tout aussi bien vivre intensément la fête situ es une fille qui fait la fête, ou la saveur du vin que tu es en train de savourer... Intensément, c'est tout. De toute façon, la vie se charge de nous et nous ramènera là où il faut.

Quelqu'un qui est dépressif, qui n'aime pas la vie, qui ne s'aime pas lui-même... il est à des années-lumière de cette vie spirituelle, alors ?!

Non. Car tu peux aussi vivre intensément ces moments de crise, ces moments où les choses ne vont pas comme tu veux... puisqu'il s'agit d'accepter la vie telle qu'elle est. Quelle qu'elle soit dans l'instant.

Il y a des gens dépressifs qui sont très spirituels.

Vivre intensément, c'est ne pas se poser davantage de questions que ce qu'on se pose déjà du seul fait de se prendre pour une personne.

C'est sentir les choses, sentir ce qu'on est en train de faire, se donner entièrement à la vaisselle qu'on est en train de faire, au choc émotionnel qui vient nous perturber.. plutôt que de penser ?

C'est vivre sa vie en faisant la vaisselle et en ayant dans la tête toutes sortes de pensées qui nous embarquent ailleurs. C'est s'accepter vraiment tel qu'on est, avec cette petite voix dans la tête puisque c'est elle qui se présente.

On parle souvent du témoin, de l'observateur : être conscient de ce qu'on fait, se voir en train de penser, en train de réagir... Ce ne serait même pas la peine !

S'accepter tel que l'on est, tel que l'on vit... y compris d'avoir vécu toute une journée sans être conscient une minute tellement on a eu de pensées. Et y compris la voix qui dit qu'on aurait dû être autrement dans telle situation, face à telle personne ou à telle émotion. Accepter l'existence. Parce que, de toute manière, tel que l'on est, avec ce que l'on perçoit, ce que l'on croit, on ne peut pas ne plus être là en tant que personne... Donc, il faut laisser faire, il faut laisser à cette puissance la possibilité de « se découvrir » quand elle l'aura décidé. Quand la sensation d'exister disparaît, il n'y a plus rien à faire. Le silence a un discours ininterrompu qui enseigne constamment.

Et pour ça le « oui » à la vie est plus propice que le « non » ?

Je ne dirais pas le oui... Une certaine neutralité, une justesse, plutôt. Parfois, on sent qu'il faut dire non. C'est davantage une fluidité, une justesse, qu'un « oui ». Une neutralité qui permet de ne pas totalement être là... tout en étant là.

Mais ça, cette justesse, est-ce la personne qui la « trouve » ? N'estce pas déjà « cette chose » qui est entrain d'agir ?

Dès le moment où l'existence a pris le pouvoir - c'est-à-dire la conscience qu'on a de l'existence de soi et du monde - il faut arriver à la vivre, à vivre cette existence, à vivre sa vie sans chercher ce sentiment d'inexistence qui pourrait apporter, croit-on, un bien-être, une tranquillité... Ça, c'est faux. « Je » ne peut pas trouver l'inexistence. « Je » n'a pas à la chercher. C'est l'inexistence qui doit nous saisir.

Donc, suivre une voie spirituelle n'a aucun sens ?



Si, elle a son sens. Si ma vie m'amène à avancer sur une voie spirituelle, avec des techniques de méditation, avec une progression apparente vers des états de conscience de plus en plus subtils, il faut respecter ça. Il faut y aller, le vivre pleinement, intensément. C'est ça aussi, accepter ma vie telle qu'elle est !

Accepter son chemin tel qu'il est... pour qu'un jour il n'y ait plus de chemin connu.

On parle souvent d'être présent à l'instant, d'accueillir l'émotion, la sensation... Cette vigilance, n'est-ce tout de même pas un chemin ?

Oui, c'est un chemin. Ça fait partie de l'existence. On est tous là spontanément, et on vit tout cela. À chaque instant on a des émotions, des situations qui nous font vivre des choses. Et un jour, sans qu'on le veuille, sans qu'on puisse rien faire pour, ni contre, il y a ce face à face qui se fait. Ce basculement, qui fait qu'il n'y a plus cet aveuglement sur ce qu'on croit être - nos émotions, nos sens, notre mental... On s'aperçoit qu'on n'est pas tout ça. On continue de vivre avec tout ça, mais on ne l'est pas. Notre véritable nature n'est pas cela. Notre véritable nature c'est quelque chose d'inexprimable... Découvrez, et vous verrez...

Amour, méditation, présence même ça, n'est-ce pas quelque chose qui nous saisit, plutôt qu'un acte, un choix « personnel » ?

Bien sûr. C'est justement ça qui est beau dans l'amour : c'est que l'amour ne se pense pas. Tout d'un coup, il te saisit. La magie, c'est qu'il a la capacité de te faire t'oublier, de t'arracher à ta conscience individuelle pour te plonger dans la conscience universelle. C'est pour ça qu'il y a fusion. C'est pour ça que les premiers mois, les premières années, sont toujours exceptionnels. Mais, plus ou moins vite, la conscience individuelle reprend le dessus... et il faut changer de partenaire !

Que penses-tu de l'assise, de la méditation, de toutes les « pratiques spirituelles » proposées par les voies progressives ?

C'est aussi bien que n'importe quoi... Mais il n'y a rien qui fait qu'on sera plus apte à être saisi. Certains, qui ne sont jamais passés par aucune pratique spirituelle, peuvent être saisis par « cette chose ». L' inverse également.

C'est à la fois très encourageant et très décourageant, ce que tu dis. Décourageant parce que ce que je fais ne change rien à rien le chemin est le chemin. Et encourageant... pour la même raison !

C'est vrai ! Mais c'est ce que je vois. C'est ce que je sens... « Faites ci, pratiquez cela », je ne peux pas dire ça : je ne le vois pas comme ça.

À part se donner pleinement à ce qu'on vit...

Voilà. Donner tout son coeur à la vie telle qu'elle est... Et ce grand coeur qui bat éternellement viendra nous saisir. Là, on ne pourra qu'apprendre, on ne pourra que découvrir chaque instant, à chaque instant. Parce que c'est tellement passionnant que c'est tout le temps là. C'est placé avant toute chose, avant tout ce qu'on croirait être. C'est ce grand livre, ouvert à l'intérieur de soi, qui nous donne la clarté de voir la réalité...

On vit parfois des expériences extraordinaires, dans les « voies progressives », des visions, des clartés, des espaces infinis.., des moments si intenses que la conscience « moi je », parfois, s'efface. Quelle est la valeur de ces expériences, selon toi ?

C'est ce qu'on peut appeler des moments d'ouverture. L'intensité y est telle qu'elle prend le dessus. Il y a un dépassement de soi-même.

On est où, là ? Toujours dans la conscience universelle ? Ou dans « autre chose » ?

Je serais tentée de dire que c'est la conscience universelle qui est là, qui est très ouverte... Tu n'es plus là en tant que personne.., mais tu n'es pas non plus déconnecté.

Tant qu'on reconnecte, ne serait-ce qu'un instant, à la conscience individuelle, c'est qu'on n'a pas pris la voie directe et qu'on ne demeure pas dans l'Absolu, dans le Silence absolu.

La vraie déconnection, l'Éveil, c'est une fois pour toutes ? On ne revient pas en arrière, c'est ça ?

On ne peut pas. C'est tellement fort qu'il n'y a pas de retour. Il peut y avoir des moments de doute, parce que la conscience est toujours là : simplement, elle n'a plus le pouvoir. Mais cette intensité, « cette chose » qui est avant tout être, ça ne lâche plus la conscience, qu'elle soit individuelle ou universelle. Les yeux fermés, les yeux ouverts, tu vois ; tu es toujours dans cette clarté, dans cette Réalité ultime ; et ce, même si ce monde se manifeste aussi : tu sais où il est, tu sais à quelle place il est... Donc, non, il n'y a pas de retour. «Cette chose » prend le pouvoir sur tout, et tu n'as plus, en tant que corps, en tant que mental, en tant que soi-disant personne, le pouvoir de faire marche arrière. C'est une déconnection sans retour.

Ces états n'ont rien à voir avec l'Éveil, d'accord. Ils n'y « préparent » même pas, d'accord. Ne sont-ils pas, quand même, des avants-goûts, ou des avants-regards, de ce qu'on perçoit après ?

Dans l'instant : oui. Mais « je » revient ensuite. Ce n'est donc pas la déconnection totale, celle qui te fait être au-delà de tous ces états même quand ils t'apparaissent.

Il y a des voies directes qui ne sont pas passées par ces «avant-goûts ». Et d'autres, avec avants-goûts. Dans tous les cas, la déconnection à l'idée d'être quelqu'un est spontanée, instantanée, constante et sans fin.

Donc suivre « une voie spirituelle », c'est un chemin comme un autre, mais ce n'est pas une « voie vers » l'Éveil...

Ça n'a juste rien à voir, oui... Mais il faut respecter ce chemin.

...ce chemin qui n'est ni plus ni moins « bien » que n'importe quel chemin de vie...

Exactement.


Propos recueillis par Laurence Vidal

jeudi 26 août 2010

Yolande

C'est le silence qui guérit

Au beau milieu d’une existence banale, de mère, épouse, femme d’affaires, Yolande connaît un éveil spontané en 2003. Sans référence à aucune tradition spirituelle, elle témoigne ici pour la première fois.

Pendant quarante ans, comme tout le monde, je me suis prise pour mes pensées, pour mon corps : je me prenais pour une personne. Et puis il y a eu ce basculement. En un instant, spontanément, ce silence dans ma tête. Plus de pensées : le silence, une stupeur, un étonnement profond qui ne laissait place à rien d’autre.

Alors je me suis mise à observer. Mon fonctionnement avait changé. Il y avait « cette chose », ce silence… et tout le reste. Le reste, ce que j’appelle le je suis, c’est-à-dire le contenu de l’instant : j’ai vu que tout apparaissait dans cette chose, d’instant en instant. Que tout y disparaissait.

Ton fonctionnement avait changé, dis-tu ?

Il y avait une légèreté, un bien-être. Je me sentais en phase avec moi-même, en phase comme je ne l’avais jamais été. Les choses se présentaient, les situations, les événements, même ceux qui auparavant m’auraient dérangée… Je ne trouvais rien à y redire. Je ne réagissais plus, en fait. Et lorsque, deux mois plus tard, mon fils est mort dans un accident… même chose. Ce silence, cette tranquillité m’empêchait de réagir, m’empêchait d’être une mère détruite par la mort de son fils. J’ai vu que la souffrance n’existait pas.

La souffrance n’existe pas !?

Ce n’est pas la situation qui fait souffrir. Pour moi, il y a le silence. La situation ne fait pas souffrir quand le silence, quand cette chose est là.

Cette chose, qui la voit ? Yolande ?

C’est cette chose qui voit. En elle apparaît la vision, la clarté qui voit tout ce qui apparaît. En fait, c’est simultané : à l’avant-plan il y a cette chose et… le reste, tout ce qui apparaît, toute l’existence, au second plan.

Cette chose est l’espace qui est avant toute chose, toute pensée, tout événement. On ne peut pas la comprendre : c’est elle qui comprend tout, qui englobe tout. Cette chose - appelons-la Silence, Présence, Puissance, Amour ou Ultime Réalité, de toute façon aucun mot ne peut en rendre compte - cette chose, on peut seulement la vivre. Au début, je croyais qu’elle était au fond de moi. Maintenant je vois qu’elle est partout. Elle est tout. Il n’y a rien d’autre, rien qui ne soit elle. Il n’y a plus à s’inquiéter, à s’accrocher à rien.

Cette chose est au fond de toi et partout… Et Yolande, où est-elle ?

Yolande apparaît toujours, mais dans le second plan, comme le reste. Elle existe sans exister. Elle n’existe plus mais elle est là. Elle n’a plus de pouvoir. C’est ce silence, cette puissance qui a pris le pouvoir sur tout.

Elle a tout de même des pensées, des émotions…

Bien sûr des pensées, des émotions peuvent surgir. Mais cette puissance les balaye instantanément, elle les laisse au second plan. Donc tu n’as aucune possibilité de t’identifier à elles. Et cette chose est si puissante que tu ne peux revenir en arrière, tu ne peux revenir à ton ancien mode de fonctionnement, t’identifier à… tout ce que tu n’es pas.

Ça m’est arrivé parfois, au début, d’essayer de penser comme avant, de faire des projets comme avant. Impossible. Tout comme, autrefois, si j’avais voulu arrêter de penser je n’aurais pas pu, aujourd’hui, si je veux penser, eh bien je ne peux pas. C’est aussi simple que ça.

Et les émotions, toutes ces réactions automatiques qui nous viennent ?

C’est pareil. La peur, la tristesse, c’est comme le reste : un mouvement qui passe en toi et qui repart. S’il n’y a personne pour se l’approprier, il n’y a pas de peur, pas de tristesse. Il n’y a pas de réaction.

D’où viennent, selon toi, les réactions ? Y a-t-il moyen de s’en libérer ?

Elles viennent de la pensée. De la croyance en l’idée d’être une personne. Quand cette croyance tombe – et cela se fait en un instant, pas besoin de vingt ans de pratique pour ça – il n’y a plus que ce silence, cette intensité, alors tu te laisses faire. Il y a ce point de vue neuf qui est toujours là, ce vide plein, ce silence tantôt très intense et tantôt doux mais toujours présent. C’est une sensation, comme un toucher, une présence qui ne te lâche pas, même au milieu de l’action, de la concentration. Ce toucher omniprésent qui t’englobe, qui englobe tout le contenu de l’instant, t’empêche de t’identifier à la pensée, à l’émotion qui surgit. C’est lui qui te donne le sentiment profond que la personne n’est pas. Et c’est lui, c’est cette sensation qui devient vision, action… parce que cette spontanéité, cette sensation constante ne te permet pas d’être dans ta tête. C’est la sensation qui voit, directement. Et la vision, c’est l’action.

La vision c’est l’action ?

Quand tu es dans la fluidité, il y a action, sans filtre, sans pensée. Tu vois, tu sens; l’action, le geste, la parole se présentent spontanément, sans que tu aies eu à les penser.

Comme si la réalité de l’instant te dictait le geste juste ?

Tu vois que les choses se font toutes seules, sans besoin de les penser… La vie n’a pas besoin d’être pensée. Juste besoin d’être vue. Le reste se fait tout seul.

Le simple fait de voir…

…fait. Tu vois cette fluidité qui agit.

Et l’amour, dans tout ça ? Tu dis que cette chose c’est l’amour… Qu’en est-il de l’amour entre deux personnes ?

C’est la non-relation qui permet la relation.

La non-relation ?

La non-relation avec la personne que tu croyais être. La non-séparation. Et c’est cette chose au dedans qui permet ça. C’est elle qui permet l’amour, qui est amour.

Dans la fusion amoureuse, on entre en relation avec la non-relation à l’intérieur de soi. C’est dans cette non-relation, cette chose, que réside l’amour. Et c’est parce qu’on entre en contact avec elle que l’on dit, que l’on sent « je suis amoureux ». L’autre n’y est pour rien. Ni soi-même. Ni la relation entre les deux… C’est l’écoute de cette chose, en nous, qui permet l’amour. C’est elle qui te fait découvrir que l’amour n’est pas à l’extérieur, qu’il ne dépend de rien, d’aucun objet, d’aucun état : c’est quelque chose qui est là, à l’intérieur. Plus besoin de chercher le bonheur à l’extérieur : cette chose qui te rend vivante, aimante, aimée… elle est avant tout, elle est là. Et c’est de cette chose, de cette non-relation, que l’on tombe amoureux. Un amour qui ne peut être détrôné par quoi que ce soit.

C’est vrai aussi que dans la relation amoureuse il y a des instants d’oubli de soi-même, des instants d’intimité qui sont cette fusion, cette non-séparation. Le problème, c’est que quand il y a « tomber amoureux de » l’objet ou la personne, tu rentres dans une relation avec toi-même et tu ne vas plus penser qu’à ça, qu’à cette personne. Donc tu te coupes de l’essentiel. Cette même passion devrait être pour cette chose invisible qui te permet d’être dans la non-relation avec toi-même, donc aussi avec l’autre, et te permet de sentir l’intensité de l’instant présent plutôt que l’intensité de la seule relation avec cette personne.

Tu es tombée amoureuse de cette chose invisible, ça, c’est sûr. Mais tu peux quand même tomber amoureuse de quelqu’un, puisque c’est ce que je vis. C'est beau de voir que, dans l’instant, tu es aussi amoureuse de cette personne. Mais si elle n’est plus là, ou si elle s’absente, rien ne manque. Cette chose est toujours là et elle te permet de vivre, même sans cette personne, dans un bien-être total.

Donc, Yolande peut tomber amoureuse… Ce n’est pas une émotion, ça ?

C’est l’intensité qui guide. Auprès de telle personne elle est plus forte qu’auprès de telle autre. L’intensité est là : tu la suis. C’est elle qui te fait être ici, ou là, avec celui-ci ou avec celle-là. Tu ne décides pas : tu y vas, tu y es. La tête n’intervient pas. L’émotion non plus.

Dans cette intensité, comment perçois-tu l’autre, tous les autres ?

Je les perçois comme moi, comme les arbres, la montagne, mes pensées : au second plan. J’en reviens toujours là. Ils sont là sans être là. Ils sont passés au second plan au même titre que moi, que mon corps, que tout ce que je croyais être.

Oui, mais comment perçois-tu chacun ? Il y a des différences de l’un à l’autre, tout de même… même au second plan !

Ce que je sens, surtout, c’est ce qu’il y a de plus proche en moi, c’est-à-dire mon corps, les sensations de mon corps qui se sont amplifiées à l’infini. Dans ce second plan, le plan du je suis, c’est le plus proche. C’est sensation, intensité, mouvement. Cette intensité varie avec ce qui se présente dans le contenu de l’instant, proximité de telle ou telle personne incluse. Mais il n’y a pas la pensée pour dire « parce que je sens tel mouvement dans mon corps, cette personne est comme ci », ou « je dois faire comme ça ». Ce qui va se faire dans l’instant se fera… mais ce ne sera pas le résultat d’un savoir, d’une compréhension : c’est le silence qui agit.

Tu ne peux rien t’approprier ?

Non.

Mais perçois-tu mon psychisme, mes états d’âme ?

Tu es là, tu sens, tu te laisses traverser par ce qui se passe, par un mouvement que tu sens dans ton corps, fusionné avec tout le reste. Mais tu n’interviens pas, tu n’as pas de réaction, d’opinion, de commentaire. Quand quelqu’un entre dans la pièce, tu peux sentir un mouvement plus inconfortable, ou sentir au contraire l’intensité qui se déploie, mais tu n’en déduis rien. Tu ne cherches pas à comprendre pourquoi, comment, ni s’il y a quelque chose à résoudre et comment. Tu sens, point.

Et quand quelqu’un se confie à toi, te demande conseil ?

Tu ne fais qu’être écoute. Il n’y a pas de mouvement de Yolande qui pense ceci ou cela. Mon je suis est partagé avec tout ce contenu de l’instant, et je laisse toute la place à cette chose à l’avant-plan, cette chose avant le je suis, pour agir si elle doit agir. Donc si un geste vient, il vient du silence. C’est lui qui sait. C’est lui qui fait.

Que faire pour vivre ce silence ?

Je fais une totale confiance à cette présence dans l’invisible. Donc la seule chose qui peut être dite, il me semble, c’est d’être ce que l’on est dans l’instant, de le vivre pleinement, simplement… et de laisser la spontanéité faire ce qu’elle a à faire.

C’est quelque chose qu’on ne peut pas comprendre, pas apprendre, ni vouloir, ni savoir. Alors : se laisser faire – quoi d’autre ?

Vivre l’instant pleinement, simplement… ce n’est pas si simple !

Il y a des tas de moments dans la vie où l’idée de la personne disparaît, où il n’y a plus que cette chose qui voit. Les moments de joie, d’étonnement, d’émerveillement devant un paysage ou une belle musique. Les chocs aussi, une peur violente… Mais le plus souvent on ne les remarque pas, parce qu’aussitôt après la pensée se les approprie… Rester là, plutôt. Avant la pensée : sentir. Rester simplement avec cette sensation, sans vouloir comprendre ni résoudre rien. Avoir toute son attention portée sur cette sensation, et l’accepter surtout, l’accepter silencieusement, pas mentalement. Vraiment l’accepter totalement, en étant… simplement.

Beaucoup de gens croient qu’il faut qu’il y ait une lumière, une grande lumière, des choses extraordinaires… Et si simplement c’était ça ?... Quand le silence est là : rester avec ce silence, cette tranquillité, découvrir au fur et à mesure ce que ça te procure comme légèreté de voir que tout est là, OK, mais c’est au second plan – pas besoin d’en faire un monde. Et quand c’est l’inconfort : rester avec cet inconfort, totalement, se laisser engloutir par lui, se laisser mourir – une mort psychologique - pour pouvoir laisser place à ce silence, le laisser prendre le dessus une bonne fois pour toutes…

Rester là, avec cette sensation de l’instant, cette intimité… Rien que d’être là, tu n’es déjà plus là. Parce que tu sens tout le contenu de l’instant présent, sans interférer. Donc tu n’as plus l’idée d’être une personne : tu n’es que sensation. Tu sens cette conscience, peut-être encore un petit peu individuelle, que « ton » corps est inconfortable avec cette tristesse, ce malaise où tu es : déjà c’est un cadeau, parce que tu te rends compte que l’instant, l’intensité, la vérité n’est pas dans ta tête… C’est merveilleux de pouvoir sentir ça, déjà! Déjà accepter cette simplicité de sentir que la vie c’est ça, ce n’est pas voir des lumières ou entrer en extase : c’est ça, aussi. C’est la simplicité de ne pas être cette personne qui ressent. C’est sensation, point.

Qu’est-ce qui fait que, pour la plupart, ces instants ne durent pas ? Que l’agitation revient ?

C’est un problème d’identification. Le mental revient, redevient le plus fort et te piège. Piégé, tu y crois fermement, tu oublies le silence et cette chose puissante qui est là.

Vivre ces moments quand il se présentent.

Les vivre avant la pensée…

La pensée aussi, il faut l’accepter. Elle reste au second plan. Laisser cette attention, cette sensation, cette chose au premier plan, dans cette simplicité totale, avant d’être cette personne qui dit « c’est à moi que ça arrive » ou « ça va passer ». Peut-être tout simplement accepter cette simplicité du silence, cette simplicité de sentir, cette simplicité d’être avant qui que ce soit. Rester dans cette simplicité de sentir, tout simplement, sans pour autant avoir été chercher cette tristesse, sans chercher à sentir ton corps ni quoi que ce soit d’autre.

Se laisser saisir par ce qui est là, parce que c’est là… Quel est le sens de la recherche spirituelle, alors, puisqu’elle vise toujours un savoir, un état, un progrès, quelque chose « devant » ?

Elle a encore un sens puisqu’elle est là, puisqu’elle se présente. Vouloir faire le contraire ce serait la même chose : ce serait refuser ce qui se présente… Je crois qu’il faut accepter tout ce qui se présente, que ce soit de méditer, de faire du yoga, d’avoir l’air d’être dans une recherche spirituelle – alors que ce qui entraîne dans tout ça, comme dans tout le reste de la vie d’ailleurs, c’est quand même et toujours cet état premier.

Donc continuer à se laisser faire, même s’il y a encore la personne qui est là, et qui veut, et qui espère. Sentir, plutôt que d’essayer toutes sortes de techniques… Mais il faut aussi accepter ces techniques : elles font partie du chemin qui se présente à soi…

Propos recueillis par Laurence Vidal

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mercredi 25 août 2010

Éric Baret

" Arrêter de s'approprier des qualifications... et retrouver ce qui est là à l'origine des choses..."

mardi 24 août 2010

Adyashanti: Vivez comme vous méditez


La Méditation pure vit avec nous. On peut s’y livrer en tout temps, en tous lieux, partout. Vous conduisez votre voiture et laissez tout tel que c’est. Vous vous exercez à laisser la circulation telle qu’elle est. Vous vous entraînez à laisser les sensations telles qu’elles sont. Vous laissez le temps qu’il fait être tel qu’il est. Ou lorsque vous rencontrez votre ami(e) ou votre amant(e), investiguez l’expérience. A quoi ressemble la rencontre avec cette personne si je la laisse être complètement telle qu’elle est ? Que se passe-t-il quand je me laisse être tel que je suis complètement ? A quoi ressemble notre relation ? En quoi se transforme-t-elle ?

La Méditation véritable est donc une méditation très active, très engagée. A vrai dire, il est important de concevoir la méditation comme davantage qu’un processus qui se déroule uniquement en position assise et dans un lieu paisible. Autrement, la méditation et notre vie quotidienne deviennent deux entités distinctes, d’une part « ma méditation », et par ailleurs, « ma vie quotidienne ». En nous éveillant à la réalité, nous découvrons que tout n’est qu’une unique chose, une même expression homogène de l’Etre.

Et si le fondement de notre vie, pas seulement le fondement du temps passé à méditer, permettait de tout laisser tel que c’est ? Ce serait une base révolutionnaire dans la vie de la majorité. Il est visionnaire d’avoir comme base dans votre existence, comme attitude définitive dans la vie, de tout laisser tel que c’est déjà. Cela signifie de tout laisser tel que c’était, tel que c’est et tel que ce pourrait être. Et si la base même de votre vie, toutes ces heures de la journée où vous n’êtes pas assis en silence, était consacrée à la pratique de tout laisser en l’état ?

L’attitude rendra votre vie plutôt intéressante. Car la méditation est sans danger. Vous vous installez sur votre siège dans une posture qui vous plaît. C’est sans danger, un peu comme de revenir au sein maternel. Il est merveilleux de découvrir un sanctuaire, un espace en vous sur lequel vous pouvez compter, un espace dont rien ni personne ne peut vous priver. C’est superbe. Il est toutefois très intéressant de nous ouvrir et de considérer la méditation non pas comme un sanctuaire, mais comme une approche à la vie en soi.

Notre résistance s’estompe peu à peu. Et de ce fait, nous découvrons ainsi quelque chose de très puissant, de très fort. Nous découvrons la chose la plus essentielle, la vérité de notre être. Nous découvrons que notre nature essentielle en tant que conscience laisse systématiquement toute chose telle qu’elle est.

Voilà pourquoi nous méditons ainsi : c’est ainsi que se comporte la conscience, elle consent à tout tel que c’est. La conscience en soi n’oppose aucune résistance. Elle ne s’oppose pas à ce qui est. La conscience, votre nature essentielle, n’intervient pas.

L’une des clefs pour atteindre la liberté, c’est de vivre comme vous méditez. Si nous laissons tout suivre son cours, cette atmosphère intérieure, cette attitude exempte de saisie donne naissance à un espace très fertile, à un état de conscience très puissant. Ces moments d’abandon engendrent un espace très créatif, où survient la révélation intuitive.

Extrait du livre: "Conscience pure et méditation véritable" Ed. Ariane

dimanche 22 août 2010

Unmani Liza Hyde: l'Amour

L’Amour n’a pas de limites. Il ne peut être cerné.
L’Amour n’a pas de définition ou de qualité.
L’Amour n’est pas une « chose ». Il n’est pas tangible.
Il ne peut être décrit, ou alors, seulement en disant ce qu’il
n’est pas. L’Amour ne s’inscrit pas dans le temps.
L’Amour est au-delà du concept du temps.
L’Amour est la substance de la Vie et de la Mort.
Tout ce qui apparaît est l’Amour qui se manifeste. Dans la non-apparence, il n’y a que l’Amour.
L’Amour ne peut-être saisi par la pensée mais la pensée essaie sans cesse de le saisir, de le comprendre et de le définir.
L’Amour ne s’intéresse pas aux pensées. L’Amour est, malgré la pensée qu’il n’est pas. Il n’y a pas de peur dans l’Amour. Il y a simplement un repos, une relaxation au-delà de toute relaxation possible du corps.
L’Amour est le feu et la passion qui bouillonne au-delà de toutes limites. Il ne connaît ni principes, ni morale. Il n’a pas de logique. L’Amour est la Vie qui se manifeste. Il n’y a nulle part où aller, que l’Amour. Il n’y a nulle part où s’enfuir de l’Amour.

Extrait du livre: "Je suis la Vie même" Ed. L'Originel

jeudi 19 août 2010

Jean Bouchart d'Orval: Méditer comme Cela

Il n'y a qu'une veille étonnée et respectueuse...

Notre vraie nature est liberté, joie, dynamisme et tranquillité. Si cela ne nous est pas évident maintenant, c'est que nous sommes encore hypnotisés par notre petit monde virtuel. Ce que nous appelons distraitement « notre vie » n'est pas la vie profonde : c'est un amoncellement colossal d'images statiques qui se réfèrent toutes à une autre image, celle d'un quelconque soi-même. Telle est l'existence fabriquée et automatique dont nous nous sommes contentés.

Dans un regard humble et désencombré, l’Éternel s’avance, car il est lui-même ce Regard. L’existence n’est alors plus réduite à une sordide lutte pour arriver à un but ; elle s’offre plutôt comme le parterre du regard et la récréation des cœurs.

Méditer comme Cela...

Méditer ce n'est pas appliquer une technique. Mais quand on se sent enclin à accepter l'invitation de la méditation, il y a un certain savoir-vivre à respecter afin de ne pas effaroucher son hôte. La «technique» de méditation peut être vue comme un simple savoir-vivre, comme un rituel de célébration du silence.

Il convient de se rappeler encore qu'il n'y a personne qui médite. C'est la méditation qui médite. «Si le Seigneur ne garde la cité, c'est en vain que veille la sentinelle», chante le psaume. La tendance habituelle de l'être humain est de s'approprier la vie, le souffle, la pensée, le désir, l'émotion, l'expérience et même… l'appropriation. Méditer c'est avoir confiance dans ce que nous sommes (l'Être) et cesser de tout nous approprier au nom de ce que nous ne sommes pas (l'individu).

On adopte généralement une position assise confortable. La verticalité du corps favorise la véritable verticalité, celle de l'Être. Il n'est pas nécessaire de s'asseoir par terre les jambes croisées, bien que cela représente la meilleure assise possible. On peut s'asseoir directement dans le silence et il n'y a alors plus rien à ajouter. Ce qui suit concerne les occasions où ce silence n'est pas évident.

On commence à examiner, avec autant de curiosité et d'intensité que le savant dans son laboratoire: c'est la passion du vrai. Afin de mieux voir, on ferme les yeux. Un certain état méditatif est certes possible les yeux ouverts, mais éventuellement les yeux se ferment dès qu'une certaine profondeur est atteinte. On laisse l'attention se promener un moment dans le corps. On note les endroits tendus, sans essayer de les détendre. On vérifie si on ne tient pas quelque partie du corps. Les sensations corporelles peuvent être de belles occasions d'attention et on peut arriver à percevoir le corps comme espace, ce qui est sa nature profonde.

On peut aussi laisser son attention se poser sur le souffle. On n'essaie pas de le modifier. Il n'y a qu'une veille étonnée et respectueuse. On observe l'inspiration, le repos, l'expiration, le repos. Dans le repos, particulièrement après l'expiration, un espace de non-respiration se fait sentir. Cet espace est aussi celui de la non-pensée, du non-désir. On note cet espace, tout simplement, sans essayer de le qualifier ou de le prolonger. On se donne entièrement à l'écoute de cet espace. Après un certain temps, il semblera peut-être qu'il demeure toujours présent à l'arrière-plan. Il n'y a que le silence et les formes qu'il assume: la respiration, les pensées, les sensations, les émotions, etc. La respiration perd de plus en plus son caractère compulsif, qui est toujours lié à l'idée d'être une personne. Il y a un abandon du souffle, qui n'est finalement qu'une occasion d'être attentif à l'espace.

Cette occasion peut aussi prendre la forme d'un mantra. En tant que forme sonore qu'on répète, il n'est qu'une formule pour célébrer avec Parménide: «Il y a l'Être». Le mantra convient particulièrement lorsque le mental est très actif. Mais fondamentalement, méditer ce n'est pas marmonner un mantra. Le plus important dans la méditation, ce n'est ni la posture, ni le mantra, ni la respiration, ni les pensées, c'est plutôt Cela qui médite. L'attention se porte donc sur Cela. Le corps est perçu comme Cela, le mantra est perçu comme Cela, la respiration comme Cela, le silence comme Cela, les pensées comme Cela, les désirs et les émotions comme Cela, l'ennui comme Cela, la joie comme Cela. Voilà, c'est comme Cela qu'on médite.

La non-violence suprême

Il n'existe alors pas de véritable dérangement, car les dérangements sont aussi Cela qui médite. Les pensées, on les laisse venir, on les laisse aller. Essayer de les suivre c'est dissiper l'attention. Essayer de les réprimer c'est une forme de violence qui ne mène à rien. On traite les pensées comme un gaz. On ne peut arrêter le mouvement des molécules d'un gaz en le comprimant; au contraire, le gaz s'échauffe alors et les molécules deviennent encore plus agitées. Que fait-on? On lui donne de l'espace, tout l'espace. Le gaz en expansion voit le mouvement de ses molécules s'atténuer naturellement, sans violence. En physique, on parle de la détente d'un gaz. En méditation, la détente mentale consiste à offrir aux pensées tout l'espace, à les reconnaître comme Pur Espace. C'est la non-violence suprême.

L'attention méditative n'est pas une concentration où toute autre forme que celle qu'on a élue est exclue et chassée hors du champ de conscience. Elle est inclusive: le Même accueille toute perception comme un nouveau surgissement du Même. Les pensées récurrentes dénotent un état émotif non résolu. Cela aussi on l'accueille. C'est uniquement dans cette ouverture que l'émotion peut éventuellement perdre son caractère dramatique et se résorber. Mais on n'accueille pas dans l'espoir qu'elle va se résorber. Dans l'attention méditative, il n'y a aucun calcul, car il n'y a personne qui médite.

Pur regard

C'est ainsi que le regard arrive à maturité. En fin de compte, il faut en arriver à oublier ce qui ressemble à des éléments techniques dans la méditation. Quand on sent l'invitation du sommeil profond, on se dépouille de ses vêtements, on se met au lit et on ferme les yeux. Que fait-on à ce moment précis? On ne dort pas, on fait semblant de dormir. Et le sommeil vient de lui-même, sans être mis en demeure de se produire. De même, quand on sent l'invitation à méditer, on se dépouille de ses prétentions, on s'assied les yeux fermés et on fait semblant de méditer; soudain la méditation est là.

La vision non duelle n'est pas un jeu pour quelques privilégiés. C'est notre héritage à tous. L'extinction de la souffrance passe par cette reconnaissance directe de « ce qui est ». Cela implique la capacité de n'être que regard sans intention, sans explication. Cette puissance d'attention permet d'accueillir sereinement les émotions, les désirs et les pensées en psalmodiant «Il y a l'Être». Toutes ces modifications du Regard sont accueillies dans leur nature véritable, qui brille alors en toute clarté: Pur Regard. C'est dans ce désencombrement total que souffle le vent de la silencieuse paix du ravissement resplendissant.

mercredi 18 août 2010

Jean-Marc Mantel: La méditation

Intégrez la méditation en tant qu'écoute, accueil, et non en tant qu'action.

La méditation est observation. C'est elle qui perçoit les efforts du moi à tendre vers un but projeté. C'est elle qui accueille la détente, au moment où le moi réalise qu'il ne courre qu'après ses chimères.

Observez votre corps. Notez les tensions de préhension qui habitent le front, les yeux, la bouche, les oreilles, les mâchoires et les articulations. Ce constat amène déjà un relâchement. Le corps peut alors se détendre vers l'arrière de lui-même. Observez-le à partir de l'espace arrière, et laissez-le se relâcher en vous, regard silencieux.

Toute tension est la marque du moi en action. Toute détente est un écho de la présence. La présence vous cherche, et ne manque pas de vous saisir dès lors que vous vous abandonnez à elle. N'essayez pas d'être présent, vous êtes présence. N'essayez pas d'observer, vous êtes observation. N'essayez pas d'écouter, vous êtes écoute. N'essayez pas d'aimer, vous êtes amour.

Méditer sur une question, sur une parole qui vous touche, c'est l'accueillir en vous, et la laisser agir. Observez ce qui est ainsi éveillé. C'est par son pouvoir d'évocation que la parole agit. Par elle-même, elle n'est rien, mais elle contient, en condensé, ce qui la précède, cela qui est avant même que vous ne soyez.

Voyez d'où la pensée jaillit, voyez où la pensée s'éteint. Rien n'est à faire. Naturellement, la perspective s'emboîte dans l'espace sans limite de la conscience, comme un pied s'emboîte dans une chaussure. Être est sans lieu.

lundi 16 août 2010

Qui sommes-nous véritablement?

Perdre sa tête... et gagner le monde...et plus encore. Les magnifiques vidéos qui nous sont proposées par Richard Lang s'adressent à notre besoin de découverte, d'émerveillement... Un tout nouveau regard sur le monde, les relations, les êtres... nous est offert à travers cette démarche expérimentale de retournement. Un retour sur soi, un chemin direct pour revenir chez soi...

Chez soi... un endroit que l'on n'a jamais quitté, mais en prendre conscience change totalement notre expérience.

Cette vision apporte dans nos vies plus de sérénité et de joie... à découvrir par chacun grâce à sa propre expérience.

Douglas Harding est à l'origine de cette merveilleuse découverte, et il est possible d'en apprendre davantage en allant sur le site http://www.visionsanstete.com/

Je vous souhaite la Bienvenue dans l'espace infini, sans séparation, qui est notre demeure véritable...! A découvrir avec les vidéos qui suivent.

Douglas Harding 'As is world'.mov

Qui Sommes-Nous Véritablement? 1A

Qui Sommes-Nous Véritablement? 1B

Qui Sommes-Nous Véritablement 2A

Qui Sommes-Nous Véritablement 2B

Qui Sommes-Nous Véritablement? 3A

Qui Sommes-Nous Véritablement 3B

Qui Sommes-Nous Véritablement 4A

Qui Sommes-Nous Véritablement? 4B

jeudi 12 août 2010

Yolande


La réponse doit venir de l'intérieur.
Vous avez le pouvoir de changer un monde dont vous seul êtes la source et la base.
Vous devez commencer par vous-même; il n'y a pas d'autre voie.

Comment?

Vous n'avez rien à faire, seulement ne pas mettre d'obstacle.
Restez à la racine même de votre être.
C'est l'aveuglement où vous êtes de vous-même, qui a masqué votre amour et votre bonheur.

Nous ne sommes pas nos pensées, nous ne sommes pas nos peurs, nous ne sommes pas nos émotions, nous sommes beaucoup plus.

Quand nous demeurons dans cette paix profonde , ce silence absolu, nous vivons au rythme de l'amour.

Ne faites pas confiance à votre mental, et vivez l'expérience directe d'être ,de savoir, d'aimer.


mercredi 11 août 2010

Yolande

L'insondable félicité de l'être

Eveillez- vous à la réponse du silence.

Se chercher est en un sens, une totale perte de temps. Cela doit devenir un fait absolument évident. Ne questionnez pas sans fin cette évidence. Vivre est ici et maintenant. Soyez conscient de ce que vous n'avez jamais cessé d'être. La main guérissante du silence est partout et toujours.

mardi 10 août 2010

Socrate: Les trois passoires

Socrate avait, dans la Grèce antique,

une haute réputation de sagesse.

Quelqu'un vint un jour trouver le grand philosophe et lui dit:

"Sais-tu ce que je viens d'apprendre sur ton ami?

-Un instant, répondit Socrate.

Avant que tu me racontes,

j'aimerais te faire passer un test, celui des trois passoires.

-Les trois passoires?

-Mais oui, reprit Socrate.

Avant de raconter toutes sortes de choses sur les autres,

il est bon de prendre le temps de filtrer ce que l'on aimerait dire.

C'est ce que j'appelle le test des trois passoires.

La première passoire est celle de la vérité.

As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai?

-Non, j'en ai seulement entendu parler...

-Très bien, tu ne sais donc pas si c'est la vérité.

Essayons de filtrer autrement en utilisant

une deuxième passoire, celle de la bonté.

Ce que tu veux m'apprendre sur mon ami,

est-ce quelque chose de bien?

-Ah non! Au contraire.

-Donc, continua Socrate,

tu veux me raconter de mauvaises choses sur lui

et tu n'es pas certain si elles sont vraies.

Tu peux peut-être encore passer le test

car il reste une passoire, celle de l'utilité.

Est-il utile que tu m'apprennes ce que mon ami aurait fait?

-Non. Pas vraiment

-Alors, conclut Socrate,

si ce que tu as à me raconter,

n'est ni vrai,

ni bien,

ni utile,

pourquoi vouloir me le dire?

lundi 9 août 2010

Jean Klein

Dr Klein, comment peut-on s'acquitter de ses tâches quotidiennes s'il n'existe ni personnalité ni ego?


C'est dans votre absence que vous percevrez votre réelle présence. Tout ce qui apparaît dans votre vie est comme ce qui se produit sur une scène mais vous ne vous identifiez pas à l'acteur qui est sur scène, vous demeurez simplement dans la salle, vous êtes le témoin. La vraie joie n'a lieu que lorsque vous êtes le témoin de tout ce qui apparaît et disparaît. Alors vos relations changeront complètement, parce qu'alors il n'existe aucune personnalité à laquelle vous identifier. La personnalité est un très bon outil, mais vous ne vous identifiez pas à elle. Vous agissez spontanément, et cette action n'est pas une réaction, elle est en réelle adéquation avec chaque instant. Une action spontanée implique qu'il n'y a ni acteur, ni agent, il y a seulement action. Il n'y a aucune entité dans le cosmos, il y a seulement fonctionnement. Un fonctionnement sans intervention d'une personnalité relève d'un âge nouveau.

samedi 7 août 2010

Jean Bouchart d'Orval

C'est justement cette idée qu’il faut intervenir pour améliorer son sort qui cause l’agitation et la souffrance de l’être humain. L’idée même d’améliorer son sort dénote l’ignorance de la réalité. Mieux, c’est la notion même d ‘avoir un sort qui est le fondement de tout ce cirque épuisant. Sans arrêt nous intervenons, ou croyons intervenir, de façon personnelle dans les processus de l’existence. Cet interventionnisme tout humain est fondé sur une lecture erronée de la réalité. Il n’y a pas d’individu, il n’y a que la Vie avec toute sa manifestation. Avant même que nous commencions à savoir que nous existons, chaque matin, tout est parfait : une grande intelligence et une grande beauté sont à l’œuvre. Avons-nous besoin d’ " intervenir " pour respirer, pour digérer, pour assimiler, pour dormir, pour régénérer nos cellules, pour marcher, pour voir, pour entendre, pour sentir, pour naître, pour croître, ou pour mourir ? Le plus amusant, c’est que même pour avoir la pensée que nous sommes quelqu’un qui intervient, nous n’avons pas à être quelqu’un : cette pensée vient à tous les êtres humains de la même manière, sans intervention " personnelle " ! Tout est un cadeau de la beauté. La manifestation de la vie, c’est la beauté en marche. C’est quand on associe la beauté à quelque chose que ce que nous appelons la laideur vient. Mais même cette laideur pointe vers la beauté, elle permet à l’homme d’éventuellement la discerner.

jeudi 5 août 2010

Eric Baret: le dérangement

Personne ne peut me déranger, il n’y a que moi qui puisse me déranger. Quand je ne supporte pas un événement, c’est parce qu’il réveille en moi des choses que je ne supporte pas. Chacun a son petit lot d’événements qu’il ne supporte pas, parce qu’il a un lot de peurs qu’il ne supporte pas. Certains ne supportent pas la vue du sang, d’autres la violence, d’autres la pauvreté, d’autres de voir mourir les gens, de vieillir, peu importe. Ce que je ne supporte pas, ce sont les coups que cela crée en moi. Je me rends compte de cela, je suis attentif à l’écho, à la sensation… et je n’ai pas de réflexion proprement dite sur la pensée ; seulement me rendre compte que je suis l’auteur de mon propre dérangement.

"Le seul désir" Ed. Almora

mercredi 4 août 2010

Francis Lucille


Votre corps est en vous,

vous n'êtes pas en lui.

Voyez donc par vous-même si vous apparaissez dans votre corps ou dans votre mental,

ou si au contraire ils apparaissent en vous.


En fait toutes choses apparaissent d'elles-mêmes dans la conscience qui est toujours dans une ouverture totale. La conscience ne dit jamais "je veux ceci" ou "je ne veux pas cela". Elle ne dit rien parce qu'elle accueille en permanence tout ce qui se présente en son champ. Quand vous dites "je veux ceci" ou "je ne veux pas cela", ce n'est pas la conscience qui parle, c'est simplement une pensée surgissant en son sein. Ensuite vous dites "je n'étais pas ouvert", et c'est l'irruption d'une nouvelle pensée. L'arrière-plan de toute cette agitation mentale est la conscience toujours ouverte, toujours accueillante. Du moment que vous êtes vivant, vous êtes ouvert. L'ouverture est votre nature. C'est pourquoi il est si agréable de s'y trouver; on s'y sent chez soi, à l'aise, naturel. Vous n'avez rien à faire pour vous trouver dans l'ouverture, si ce n'est comprendre qu'elle est votre nature réelle, que vous y êtes déjà. Dès que vous établissez votre demeure dans la conscience-témoin, l'agitation mondaine n'a plus de prise sur vous. Vous comprenez le processus dans son ensemble et par là même vous y échappez. Vous faites un saut dans une autre dimension. Familiarisez-vous avec elle. Voyez-en l'impact sur votre psychisme et votre corps. Peut-être mes paroles vous semblent-elles pour le moment de simples concepts, mais le jour viendra où elles se dissoudront en vous, devenant compréhension vivante. Alors la question de savoir comment méditer, comment être ouvert, ou comment être heureux ne se posera plus parce que vous êtes déjà méditation, ouverture et bonheur.

mardi 3 août 2010

Nuage d'Inconnaissance

Laisse CELA faire de toi ce
que veut CELA et te
 conduire là où CELA le veut.

Que CELA soit actif en toi,
et sois toi-même passif : ne
 fais rien d’autre que
 l’observer et le laisser
 tranquille.

Ne t'en mêle pas, croyant
pouvoir l'aider. Car alors tu
gâteras tout