jeudi 9 décembre 2010

Eric Baret: L'amour


L'AMOUR, PREMA

Dans les Upanishads, l’amour est affirmé
 comme n’étant pas essentiellement dirigé
 vers un objet mais vers le Soi.
 Cette résonance est le cœur des outils d’exploration, karana,
 chers à Abhinavagupta
et mentionnés abondamment dans le Vijnânabhairavatantra.
 Le premier amour est pour le non-manifesté, avyakta,
 celui de la joie de la tranquillité, nirânanda

La relation entre les sens et la manifestation est la relation entre l’amour et l’objet de son amour. L’effluve est l’essence, c’est pourquoi la création aime son créateur. La merveille de cette infinité est réactualisée avec chaque perception non pensée. Pour Jean Tauler, un des critères de l’amour véritable est de rendre paisible intérieurement même si l’extérieur continue à s’exprimer dans le mouvement. Cet amour extatique ressemble à la flamme d’une lampe dont le feu enflamme tous les lieux de l’âme : « Le véritable amour n’est pas l’amour de l’homme pour l’homme ni même pour Dieu, mais la conscience de l’amour divin en l’homme ». La proximité de l’amour romantique et mystique est très présente dans la poésie bengalie, comme par exemple chez Chandidas. Kabîr affirme que la voie de l’amour est trop étroite pour être suivie à deux. Pas de place pour une relation mais non-séparation et non-rencontre. Cela ne signifie pas que l’on doive être ascète solitaire, n’en déplaise à l’interprétation romantique traditionaliste, mais que la notion de « soi-même » doit disparaître. A ce moment-là, il n’y a plus que l’autre. Quand l’idée de la personne se meurt, le monde règne en maître, non plus comme antagonisme ou sécurité mais comme expression du silence profond.

Pour Jayaratha, la réalité est immanente, sâkriti, et transcendante, nirâkriti, sans division, et la créature est l’expression de la Shakti, Shaktipharâ, à jamais unie avec le Dieu. L’étreinte de tristesse limitant l’amour à un objet crée d’instant en instant l’idée du moi et du monde. La nostalgie inassouvie du vrai dissoudra cette émotion ; tôt ou tard elle se révélera libre de restriction, comme évidence de ma propre liberté. La pratique met l’accent sur la joie, non sur sa cause apparente. Quand on réalise qu’un autre objet peut susciter la même émotion, la même joie, on commence à pouvoir négliger l’objet et mettre l’accent sur la joie même. Ce dynamisme, cette intensité où l’on plonge dans la joie en en oubliant la cause va petit à petit éveiller en nous des moments de joie sans cause apparente : notre corps est malade, notre femme nous a quitté, des problèmes financiers se présentent et, marchant dans la rue, jaillit une joie, une satisfaction toute pénétrante. Ces moments vont à leur tour affaiblir le besoin de rencontre, de recherche d’objets. Cessant d’être exploitées pour créer des prétendues causes de joie, les énergies vont se déposer dans la tranquillité. Assises dans la corbeille du bassin, elles jailliront inopinément, sans raison apparente. L’objet reste alors un clin d’œil de la vie, un instant d’arrêt dans l’océan agité de l’existence, un endroit pour reposer les yeux, netra-vishrama-pâtra, où la joie devient espace de la révélation. Cette joie est alors ressentie comme amour et toute la manifestation, qui pointe vers cette plénitude, ne peut être appréhendée que comme telle. On se rend compte que l’origine de la quête vers l’objet était l’amour, non pas l’amour de quelque chose ou de quelqu’un mais l’amour de l’amour. Cet amour est joie.

La joie a toujours été le signe de la clarté. Point de souffrance nécessaire. La souffrance est inutile », disait Jean Klein. Pour Sambandar : « Ici, sur cette terre, on peut vivre une vie de joie, chaque jour, dans la plénitude. Cela n’empêche aucunement la libération, comme les vertes plaines de Sirkâli où réside le dieu Shiva accompagné de la plus belle des femmes n’empêche pas son essence incréée. » Quand on réalise que l’amour est l’ultime résolution , cela s’exprime sur tous les plans. Sur le plan humain, l’amour devient silencieux et sans attente, il dissout le processus mental. Sans habitude ni analyse, il lie sans être lié. La pensée n’y a pas sa place car, lorsqu’elle s’y insinue, elle introduit le sens de la séparation et en détruit la beauté. La réflexion chasse la magie comme le parfum se dérobe à la possession . Cette évidence n’est possible que lorsque l’immensité de la solitude s’est installée. Dans cet espace où seul règne l’amour, se sentir seul est impossible, car seule la non-différence règne en maître. Cette totalité sans manque est l’espace où la « relation » peut apparaître comme célébration, intensité légère qui ne fait jamais quitter l’arrière-plan. A ce moment-là, la résonance avec un être ne connaît plus la distance et l’intimité y est intensité invisible aux yeux du monde.

Extrait de: "Corps de Silence" Ed. Almora

lundi 29 novembre 2010

Jean-Marc Mantel: La Méditation , Présence sans témoin


Le silence se manifeste à nous lorsque nous sommes prêts à l'accueillir, non pas un silence vide de contenu, mais un silence plein de présence, celui qui se prolonge par le doux sourire de la sérénité.

Le désir de méditation est l'expression du silence. C'est la manière dont le silence se manifeste à la conscience d'un ego qui cherche à remonter vers la source de lui-même.

Tel un saumon qui est guidé par un instinct infaillible, l'attention se déplace depuis les objets de perception vers cela qui perçoit.

Cela qui perçoit ne peut être perçu.

L'abandon du saisir, l'abandon du vouloir, et l'abandon de l'avoir sont les signes que la compréhension s'installe que rien de ce que nous cherchons et désirons n'est en dehors de nous.

Ce mouvement de retour sur soi, tel le doigt d'un gant qui se retourne sur lui-même, est une assise : une assise dans ce qui n'a pas de forme, une assise dans ce qui n'a pas de corps, une assise dans cela qui voit, qui écoute et entend.

Le corps, lorsqu'il est écouté, se détend à la manière
d'un enfant entouré par les bras de sa maman.

Les pensées, lorsqu'elles sont écoutées, se détendent à la manière de la corde d'un arc qui se relâche, et viennent mourir dans le silence qui les contient.

Les sensations, lorsqu'elles sont écoutées, se résorbent, à la manière d'un sucre qui se dissout dans une mer sans fin.

La conscience est ce qui contient le corps, les sensations, les pensées et les émotions.

La conscience de la conscience est méditation, sans qu'il y ait un quelqu'un qui soit conscient. On peut parler d'une auto-reconnaissance de la conscience, conscience consciente d'elle-même par nature et par identité.

L'habitude de chercher la joie dans l'objet au loin est remplacée par l'habitude de savoir que la joie ne se trouve qu'en celui qui la cherche.

Le mouvement de projection, excentrique, est remplacé par un mouvement d'introjection, concentrique.

Le regard se tourne vers le dedans et contemple ce qui le précède : conscience pure, sans témoin et sans moi.

Méditer est un acte de remémoration : remémoration de ce que je ne suis pas, remémoration de ce que je suis. Dans ce souvenir qui émerge dans une conscience endormie, réside la méditation, non pas en tant qu'acte, mais en tant qu'être.

L'unité dans la conscience est cela vers quoi tendent les expériences diverses traversées par un moi avide de se trouver. Le moi ne peut se trouver dans l'ailleurs. Il se trouve dans l'ici, présence sans moi, qui est le moi.

Par distraction, nous désignons le moi comme étant le corps ou le cœur, mais le moi ne se trouve ni dans le corps, ni dans le cœur. Il ne peut se trouver nulle part, car il est cela qui cherche. Le chercheur est le cherché.

Le mental arrivant au bout de sa course vient mourir dans la conscience qui le contient, à la manière d'une vague qui revient à la mer dont elle est issue.

Méditons sur la méditation libre du méditant, libre du besoin de méditer, libre d'elle-même.

La méditation est alors un vécu, complétude absolue.

lundi 15 novembre 2010

Ramesh Balsekar: Le concept de la «volonté de Dieu»

Le concept de la « volonté de Dieu » est commun à toutes les religions


Q : La philosophie de l’Advaita paraît être d’actualité aujourd’hui. Qu’est-ce que l’Advaita ?

R : Advaita signifie « a-dwaita », c’est-à-dire « Un-sans-second ». A savoir : la Conscience, ou Dieu, ou la Source (appelez Cela comme vous voudrez) est tout ce qui est. Nisargadatta Maharaj caractérisait cette manifestation comme un film produit par la Conscience ou par Dieu, écrit par Dieu, dirigé par Dieu, tous les rôles dans le film étant tenus par Dieu et les spectateurs étant également Dieu seul.

Q : Où y a-t-il place, dans ce cas, pour une quelconque liberté ?

R : Vous pensez que vous vivez librement votre vie. En réalité, vous êtes un mécanisme « corps-esprit » qui ne vit pas, mais qui est « vécu » (ou mis en œuvre) par la Conscience (ou par Dieu), tout comme un ordinateur fonctionne conformément à sa programmation.

Si vous analysez n’importe quelle action, que vous considérez comme « votre » action, vous découvrirez qu’elle est seulement la réaction du cerveau à un événement extérieur sur lequel vous n’avez aucun contrôle. Une pensée vient – vous n’avez aucun contrôle sur la manière dont est venue cette pensée. Quelque chose est vu ou entendu – vous n’avez aucun contrôle sur ce que vous allez ensuite voir ou entendre.

Tous ces événements surviennent sans contrôle de votre part. Et alors que se passe-t-il ? Le cerveau réagit à la pensée ou à la chose qui est vue, entendue, goûtée, sentie ou touchée. Cette réaction du cerveau est ce que vous appelez « votre action ». Mais en fait, cela est un pur concept. Une action a lieu si c’est la volonté de Dieu.

Q : Si vous dites que nous ne sommes pas les auteurs de nos actions, alors qu’est-ce qui va empêcher les gens de fuir leurs responsabilités, ou même d’y échapper totalement, en commettant des crimes affreux ? Et s’ils le font, ne seront-ils pas tenus pour responsables de leurs conséquences ?

R : Tout cela dépend de la volonté de Dieu, de leur destin et de leur programmation.

Q : Qu’entendez-vous par « programmation » ?

R : Selon moi, la « programmation » veut dire : les caractéristiques inhérentes à l’organisme « corps-esprit ». Ce sont les gènes, plus le conditionnement environnemental. Vous ne choisissez pas les gènes dont vous héritez. De même, vous ne choisissez pas l’environnement particulier auquel vous êtes soumis durant votre enfance, chez vous, à l’école, avec les autres, à l’église et au temple.

Pour revenir à votre question précédente, si c’est dans sa programmation qu’une personne commette un crime, et si c’est son destin d’agir ainsi, parce que c’est la volonté de Dieu, alors les conséquences qu’elle devra subir seront également conformes à la volonté divine.

Q : Est-il possible de transcender sa programmation ?

R : Certainement, si c’est la volonté de Dieu.

Q : Même après avoir accepté tout cela intellectuellement, comment les gens peuvent-ils vivre dans la vie quotidienne ?

R: Ils peuvent vivre exactement comme s'ils étaient libres, comme s'ils avaient le pouvoir de choisir et d'agir librement. Et pourtant, ils savent que, quoiqu'ils fassent, et quelles que puissent être les conséquences de leurs actions, tout est entièrement conforme à la volonté de Dieu.

La chose la plus importante au sujet de l'acceptation de la volonté de Dieu, est l'acceptation de la vie quoi qu'il arrive. Vous acceptez le fait que si vous "êtes vécus", les autres le sont aussi. Par conséquent, vous n'avez à juger ni vous-même ni autrui. Vous ne jugez pas. Vous ne condamnez pas. Vous acceptez. Il n'y a pas de faute, ni d'orgueil, ni de résistance, ni de ressentiment. Ni haine, ni désespoir, ni frustration. Si les choses tournent bien, alors il n'y a ni fierté, ni arrogance. Il y a seulement acceptation. Et alors il n'y a que la paix. 

Les Chrétiens disent « Que ta volonté soit faite ! »

Le Musulmans disent « Inch Allah »

Le Bouddha dit: « Des événements surviennent, des actions sont opérées, mais il n'y a dans tout cela aucun acteur individuel »

Les Hindous disent « Tu es l’auteur des actions. Tu es l’expérimentateur. Tu es Celui qui parle. Tu es celui qui écoute »

mercredi 10 novembre 2010

Candice O'Denver: La Conscience parfaite



L’expérience ordinaire de la vie est d’être perdu dans un brouillard de pensées, d’émotions, de sensations et autres expériences, sans se rendre compte que l’on est égaré; et c’est simplement des hauts et des bas tout le temps, atteindre sans cesse un point où on se sent heureux ou bien, et croire que ça va durer pour toujours, puis sans cesse voir ses espoirs anéantis.

Et donc, nous croyons que notre bonheur dépend de pensées, d’émotions, de sensations ou d’autres expériences, toute notre vie est alors un brouillard de hauts et de bas, et nous sommes toujours à la recherche de toutes sortes d’antidotes, contre-mesures ou fantasmes rassurants, qui vont d’une façon ou d’une autre arrêter le cycle où on ne se sent jamais complet. Si on observe notre propre vie, notre propre expérience, on peut constater que les différentes choses qu’on a cherchées : argent, pouvoir, prestige, relations avec certaines personnes, lieux et choses, si on regarde réellement notre propre expérience, on voit que l’accomplissement de n’importe laquelle de ces choses n’a jamais mené au bonheur. Peu importe ce que nous atteignons, que ce soit le parfait travail, la parfaite voiture, le parfait partenaire, la parfaite nourriture, les parfaites vacances, le lieu parfait où vivre, le gouvernement parfait sous lequel vivre, peu importe ce que c’est, si nous observons notre propre expérience, nous constatons que cela n’a pas assuré notre bonheur. Ou bien peut-être on habite dans un pays où le gouvernement est vraiment plein d’imperfections. Presque tout le monde aujourd’hui partage ce sentiment à propos de leur gouvernement.

Que ce n’est pas parfait. Et donc vous voyez cette lutte constante pour la perfection. Que ce soit en nous-mêmes ou au-dehors, c’est juste un jeu. C’est un jeu de hauts et de bas, un jeu de confusion, un jeu où on ne se sent jamais complet.

Quand on s’appuie sur ce qu’on pense, ou ce que sont nos états émotionnels, ou nos sensations ou autres expériences, on ne s’est pas vraiment arrêtés pour examiner quelle est leur Source ou leur racine. On croit que ce sont de puissantes entités en elles-mêmes, que quelque part nos pensées, émotions, sensations et autres expériences, ont une sorte d’existence très solide, très réelle, et que notre bien-être est dépendant de leur très réelle, très solide existence. Cette perception erronée est due au fait de ne pas comprendre la Source. De ne pas réaliser que toutes ces perceptions apparaissent au sein d’un Espace cristallin de Conscience sans faille.

En se fiant en douceur à la Conscience plutôt que de mettre l’accent sur les points de vue qui apparaissent en elle, la Conscience devient de plus en plus évidente. Le fait qu’elle est sans faille devient de plus en plus évident.

Toutes les perceptions, tous les points de vue, apparaissent au sein de la vue intégrale de la Conscience claire comme le cristal. Exactement comme dans cette Boule de cristal, il y a toutes sortes d’images qui apparaissent, et elles semblent changer sans cesse. La perfection de la Boule de cristal ne change jamais, et les apparences sont inséparables de la pureté de la b
Boule de cristal.

Tel est le cas avec notre propre Conscience. Elle est la Source d’une stabilité indestructible, d’une stabilité mentale et émotionnelle indestructible.

Chercher une stabilité mentale ou émotionnelle ou une réalité qui soit très solide et très réelle dans les images qui apparaissent dans une boule de cristal serait insensé. Nous ne rechercherions jamais l’indestructibilité en essayant de nous agripper à l’une de ces images.

Et donc vous voyez, la Conscience et les perceptions ou points de vue, sont comme les apparences dans un cristal. Ces apparences sont telles que, peu importe sur quoi on place la Boule de cristal, elle va instantanément refléter ce que c’est.

Maintenant elle est sur du papier orange, et elle reflète « l’orange » du papier de mon angle de vision. Et on dirait que « l’orange » est vraiment dans la Boule de cristal ; cependant, la pureté du cristal ne change jamais.

Et donc de la même manière, avec notre propre Conscience, et toutes ses apparences innombrables, incessantes et imprévisibles, elles apparaissent toutes comme les images dans une Boule de cristal, comme une image onirique ou un mirage, sans aucune solidité, sans aucune base réelle de par elles-mêmes.

S’en remettre à la Conscience pour de courts instants répétés de nombreuses fois, jusqu’à ce que cela devienne automatique, c’est nous introduire à notre vraie nature, nous exercer à notre nature parfaite, sans faille.

Quand nous nous entrainons à notre nature sans faille, parfaite, plutôt que de nous entraîner à la solidité et à la réalité de pensées, émotions, sensations et autres expériences momentanées, alors nous commençons à vivre notre propre perfection et pureté, l’indestructibilité de notre propre Conscience.

De juste se relaxer pour un seul instant, c’est découvrir la Conscience. C’est analogue au fait de faire de l’exercice ; par exemple travailler au jardin ou faire une randonnée. Si on a travaillé au jardin toute la journée, ou qu’on a fait une randonnée d’une heure ou deux, quand on rentre chez soi, on s’assoit et on se relaxe complètement. Le jardinage est terminé, la randonnée ou la marche sont finies. On se relaxe complètement. C’est ça de relaxer la Conscience dans son état de perfection cristalline.

La Conscience est présente dans toutes les apparences. Juste comme la Boule de cristal reflète chaque chose qui apparaît momentanément en elle. Peu importe de quelle apparence il s’agit, elle est pour toujours cristalline et inchangée. Elle ne peut être changée en aucune manière que ce soit.

Donc, en se fiant à des apparences momentanées, on commence à croire que ces apparences momentanées vont en quelque sorte se solidifier en bien-être et en perfection ; pourtant elles ne le font jamais.

Après une très courte période de cette entreprise insensée, il devrait nous paraître clair que c’est le cas.

Quand nous laissons nos expériences nous gouverner, nous commander, alors nous sommes toujours entrain d’éviter ce qui apparaît, ou bien nous nous y soumettons, ou encore nous essayons de remplacer ce qui apparaît avec autre chose.

Cependant, quand on s’en remet à la Conscience, plutôt que de mettre l’accent sur toutes ces perceptions, alors on se familiarise avec notre Conscience claire comme le cristal. On se familiarise avec ce qui est à la base. On arrête de s’entraîner à la poursuite sans fin de l’expérience parfaite. On s’en remet plutôt à « l’in-expériençable ».

Quant on s’en remet à la Conscience, la Conscience s’en remet à elle-même.

Et alors il n’y a pas d’entité ou d’expérience dont on doit se débarrasser, puisque la Conscience est la racine de toute expérience. Il n’y a pas d’expérience dont on doit se débarrasser, pas d’expérience à éviter, pas d’expérience à satisfaire, pas d’expérience à remplacer pour avoir du bien-être.

Si nous sentons que nous devons contrôler minuscieusement toutes nos expériences, alors nos expériences deviennent nos ennemies. Qu’elles soient de bonnes ou de mauvaises expériences, elles deviennent nos ennemies, car nous voulons constamment plus de bonnes expériences et moins de mauvaises expériences.

Par le pouvoir de la Conscience toujours présente, c’en est fini de cela. Le jeu est terminé : « Game over » !

Ce qui apparaît, apparaît, ce qui arrive, arrive.

Tout ce qui apparaît, apparaît dans une clarté cristalline.

Tout ce qui se passe, se passe dans une clarté cristalline.

Tout s’illumine de soi-même.

La Conscience et la clarté sont inséparables.

La Conscience et la clarté lumineuse sont inséparables.

Cela devient de plus en plus évident dans notre propre expérience.

Il n’y a aucune séparation entre la Conscience et la clarté cristalline, de la même façon qu’il n’y a pas de séparation entre le cristal et sa luminosité.

Il est impossible de séparer la Boule de cristal de sa clarté lumineuse.

Exactement de la même façon, il est impossible de séparer la Conscience de la clarté.

La sagesse, c’est de savoir que les phénomènes qui apparaissent, ne sont pas très solides. Ils ne sont pas très réels. Ils sont comme un rêve, un mirage, une image dans une Boule de cristal. Ils n’ont aucune base solide. Ils n’ont aucune base réelle en soi.

On pourrait chercher pour une éternité, et on ne trouverait jamais un phénomène qui existe en soi.

Et donc, qu’est-ce que cela dit à notre sujet ?

La sagesse est de savoir que la Conscience est la base, la sagesse de savoir que les phénomènes n’ont pas de nature indépendante, associée avec la pratique de courts instants de Conscience, répétés de nombreuses fois, est l’instruction essentielle.

Rien d’autre n’est nécessaire.

Toute complication et verbosité sont dépassées.

La recherche volatile des points de vue arrive à un arrêt complet dans la clarté lumineuse qui voit à travers tout de façon perçante rayonnant à travers toutes les apparences.

Texte issu de la vidéo de Candice O'Denver

dimanche 7 novembre 2010

Vijnânabhairava Tantra

Ô belle aux yeux de gazelle! Qu'on
évoque intensément toute la
substance qui forme le corps comme
pénétrée d'éther et cette évocation
deviendra permanente.

vendredi 5 novembre 2010

Vijnânabhairava Tantra


Qu'on évoque l'espace vide en son
propre corps dans toutes les
directions à la fois. Alors, pour qui
jouit d'une pensée libre de dualité,
tout devient espace vide.

lundi 25 octobre 2010

Frédérick Leboyer


" La vie spirituelle ,

ce sont tous les miracles

qui se produisent

dés qu'on commence

à faire passer

l'intérêt des autres

avant le sien"

dimanche 10 octobre 2010

Eckhart Tolle: Habiter pleinement son corps


Assurez-vous que votre corps est détendu. Fermez les yeux et prenez quelques respirations profondes. Sentez-vous respirer dans la partie basse de l'abdomen, pour ainsi dire. Observez les légères expansion et contraction qui se produisent à l'inspiration et à l'expiration. Puis prenez conscience du champ énergétique du corps tout entier. Ne réfléchissez pas à ce qui se passe; ressentez-le plutôt. De cette manière, vous ne laissez pas le mental s'approprier votre conscience. Si cela peut vous être utile, servez-vous de la méditation de la lumière dont j'ai parlé déjà. Quand vous arrivez à clairement sentir le corps subtil comme un seul champ énergétique, laissez aller, si c'est possible, toute image pour vous concentrer exclusivement sur la sensation. Si c'est possible aussi, abandonnez toute image mentale que vous pouvez encore avoir du corps physique. Ce qui reste alors, c'est une sensation de présence ou "d'être" qui englobe tout et l'impression que le corps énergétique n'a pas de frontière. Puis concentrez votre attention encore plus profondément sur cette sensation. Ne faites plus qu'un avec elle, fusionnez avec votre champ énergétique afin d'éliminer toute dualité perceptuelle observateur-observé entre vous et votre corps. La distinction entre l'intérieur et l'extérieur se dissipe; dorénavant, il n'y a plus de corps énergétique. En descendant profondément dans le corps, vous l'avez transcendé. Restez dans ce royaume de pur Être aussi longtemps que vous êtes à l'aise. Puis, reprenez conscience de votre corps physique, de votre respiration et de vos sens, et ouvrez les yeux. Pendant quelques minutes, regardez autour de vous de façon méditative, c'est-à-dire sans étiquetage mental, tout en continuant à sentir votre corps énergétique.
Lorsque vous avez accès à ce royaume dépourvu de formes, vous êtes vraiment libéré du lien avec la forme et de toute identification à celle-ci. Il s'agit de la vie sous son aspect non particularisé, telle qu'elle existe avant sa fragmentation en la multiplicité. On pourrait l'appeler le non-manifeste, la source invisible de toutes choses, l'Etre à l'intérieur de tous les êtres. C'est un royaume d'immobilité et de paix profonde, mais aussi de grande joie et d'intense vitalité. Chaque fois que vous faites preuve de présence, vous devenez dans une certaine mesure perméable à la lumière, à la conscience pure qui émane de cette source. Vous prenez également conscience que cette lumière n'est pas dissociée de ce que vous êtes et qu'elle constitue au contraire votre essence même.

samedi 2 octobre 2010

Jeanne Guesné : « Le septième sens »

Ce que nous appelons la réalité est une construction mentale. Lorsque je « vois » cela, je m'en détache. Sans qu'elle disparaisse, je n'y participe plus, et paradoxalement, je ressens une dilatation dans tout le corps, ma respiration se fait à la fois ample et légère. J'existe dans toutes mes cellules auxquelles j'ai l'impression de « donner » vie. Des perceptions nouvelles apparaissent en de brefs éclairs créateurs de significations nouvelles, envahissant mon conscient comme la rosée du matin descend sur la prairie.
(…)
Lorsque nous regardons le monde avec nos sens éveillés, il est une représentation sensorielle de formes, de couleurs, de sons, de parfums, etc. Par la sensation de chaleur, d'humidité, de poids, il est physiquement concret.

Si nous le regardons à travers nos idées, nos rêveries, il est mental.

Si notre regard est celui de la Conscience, il est VOIR.

Tout se résout selon CELA qui VOIT. Tout ce qui est perçu apparaît et disparaît dans la Conscience au-delà du temps qui EST Présence, ÊTRE. Vivre totalement « JE suis ». Quelle découverte! Je ne pense pas : je suis. Je Vis : «JE SUIS. » Certes, je peux penser, agir. Mais l'ultime témoignage, la fabuleuse découverte est " JE SUIS ». C'est le soleil à minuit. C'est toute la gamme des possibles offerte dans l'instant. C'est à la fois la source, le cheminement et l'ineffable intégration dans le TOUT qui est en TOUT.
(…)
Une énergie qui VOIT naître les images, les mots, les concepts... les « voit » sans se soucier de ce qu'ils représentent, demeurant totalement étrangère à leur déroulement, ainsi qu'à la signification des sons qui frappent l'oreille.

Une énergie qui est observation silencieuse sans choix, sans option, sans jugement... l'énergie de l'ÊTRE.

À cet instant, nous ne sommes plus soumis à la programmation de notre mental personnel. Nous sommes la CONSCIENCE qui n'est pas une entité, mais une énergie‑connaissance qui connaît au-delà de tout commencement, comme de toute fin, lesquels ne sont que des modalités appartenant à notre continuum espace temps familier.

La Conscience est le « révélateur » de l'existence dont elle est indépendante, comme la lampe torche vous révèle l'existence de votre environnement. Toutes les dimensions de la Conscience sont des niveaux d'énergie. L'ÊTRE est en amont de toute image puisqu'il en est la source. L'ÊTRE est la VIE qui ne naît pas, qui ne meurt pas, seule l'existence des créatures commence et se termine.

Nous devons nous disjoindre, nous dissocier des circonstances créant les événements dans lesquels nous sommes engagés pour VOIR, c'est-à-dire prendre conscience de notre position exacte, en cessant de nous identifier avec le personnage psycho-somatique qui nous représente. En vérité, je ne sais pas ce que je suis, mais je sais que JE SUIS.

mardi 28 septembre 2010

Nicole Montineri: N'ayons pas peur de mourir


Ce livre est le témoignage d'une rencontre avec la mort. L'auteur a pu voir - lors d'une grave maladie - dans une acceptation totale qui évacuait toute peur, ce qu'enseignent tous les sages : derrière les apparences de l'univers, se trouve la réalité d'une Conscience unique.Nicole Montineri nous parle d'un vécu profond, bien réel, où la conscience change de nature. Ici, pas de visions d'anges ni de cités célestes ; pas de projections, ni d'images. La lumière était le rayonnement de sa conscience. Dans un abandon total de soi, l'auteur vivait un présent hors du temps où « la pure conscience (qui est pure énergie, vacuité créatrice) restait seule, rayonnante ».Demeurer dans cette ouverture, c'est rejoindre l'essence de notre être où n'existe aucune dualité, aucune séparation, mais liberté et amour. Seule cette réalisation de l'unité essentielle nous permet de sortir de notre monde limité et chaotique. Enfermés dans les préoccupations vaines du moi, l'esprit sans cesse affairé, nous ne savons pas regarder la vie en profondeur.Or, la mort peut surgir à tout moment. Mal préparés, nous vivons alors avec beaucoup d'angoisse l'instant de notre disparition. Cependant, la mort peut être l'expérience intérieure la plus profonde qu'il nous soit donné de connaître, si nous nous sommes préparés à ce retour à la source. Cette préparation nécessite une pratique. Il s'agit, au fil de notre existence, de nous éveiller à ce que nous sommes, d'avoir une conscience claire de nos comportements, de chacune de nos pensées, de renoncer à nos illusions. Il nous faut - d'une certaine façon - nous quitter, cesser d'accumuler (tout en vivant pleinement ce que nous propose l'existence), nous dépouiller. L'auteur décrit ainsi un parcours tout en précisant que cette quête nécessaire sera un jour abandonnée, car la vérité ne peut surgir de la volonté mais du seul lâcher prise où le chercheur s'efface peu à peu.Comprendre ce qu'est véritablement la mort, c'est comprendre le sens de la vie.Pour Nicole Montineri, tout est vu désormais « comme se mouvant au sein de la globalité de la vie, par la seule conscience de l'unité derrière les formes... dans une joie constante sans objet ».

mercredi 22 septembre 2010

Serge Brisy: Ce qu’est la Spiritualité

Toute possibilité de réalisation véritable est dans l’Amour. Aimer ses amis, aimer ses ennemis, aimer ceux qui vous aiment et ceux qui ne vous aiment pas, stabiliser en soi un influx d’amour croissant en le laissant rayonner sans arrêt, telle est la voie qui réalisera cette force sublime de la fraternité dont on parle trop, mais qu’on vit à peine. L’amour est une force fécondante qui s’exprime travers les mots, l’attitude, à travers le silence, peut-être surtout à travers le silence. Et rien de spirituel ne peut être véritablement vécu, tant que la source de l’Amour n’est pas éternellement jaillissante en soi.

L’Amour est la seule Loi. Plaindre ceux qui ne le comprennent pas, c’est déjà les aimer. Et vivre la Loi de l’Amour Divin, c’est se fondre entièrement en cet Amour. Dès que l’union est résolue, l’Amour s’exprime librement, spontanément, sans peine et fait du soi purifié l’instrument docile de la lumière révélée. Il n’est guère possible d’aimer par le « moi », car ce que le « moi » appelle « amour, affection, tendresse, amitié » cache toujours un besoin de possession ou d’exclusivisme. C’est ce sentiment de possession, c’est ce sens de la séparation qu’il faut transmuer en une force infiniment croissante de tendresse, jusqu’à ce que le soi, semblable à un miroir sans tache, ne reflète plus que la beauté d’un amour impersonnel et puissant.

Certes, cela demande une préparation lente, persévérante, un affinement incessant de tous les sentiments, une objectivité grandissante dans tout jugement porté sur autrui ou sur soi-même, un labour continuel du cœur qui doit recevoir toutes les semailles des pensées, des émotions et des intuitions pour les moissons proches ou futures. Mais rien ne se fait sans peine et l’éclosion de « l’humain » dans l’homme exige la suppression patiente de tout ce qui touche à l’animalité.

Briser son orgueil, reconnaître ses torts, ne jamais chercher à dominer autrui, s’incliner devant une supériorité réelle, se connaître jusque dans ses mobiles les plus secrets, sont là des petits riens aux yeux de ceux qui vivent superficiellement, mais ces petits riens vécus contiennent cependant la clef de bien des mystères. La lutte qui ne satisfait jamais, la compréhension des luttes toujours renouvelées, l’intrépidité dans la lutte, l’amour même de la lutte, non pour la lutte elle-même mais pour la réalisation du but assigné, attirent sur l’être des forces inconnues et bénies. Celui qui a le courage de sacrifier à son idéal tout ce qui l’en sépare, s’élève rapidement vers les cimes. Or, ce n’est ni l’entourage, ni les circonstances extérieures qui nous séparent du but ultime, mais uniquement nous-mêmes dans nos incompréhensions.

La plus grande force de l’Amour, la seule force de l’Amour est la Compréhension. Celui qui comprend ne peut s’empêcher d’aimer tout ce qui souffre — et la souffrance est l’expression directe de l’ignorance. Un Sage disait : « Tu ne peux à travers ta personnalité. Amoindris-la et tu aimeras davantage. » Il disait aussi : « Plonge au cœur des choses, développe ta sensibilité en devenant la chose ou l’être pour mieux aider. Aime sans te lasser. Aime par le service. Aime par la continuité silencieuse des petits services rendus… »

C’est en cela que se trouve le secret qui ouvre la première porte. Mais il faut aimer rendre service, le faire joyeusement, parce que le service des autres est la tâche directe du chercheur de la Vérité spirituelle. Le besoin d’un résultat immédiat ou personnel n’est qu’un marchandage spirituel, un poison qui corrompt la force pure de l’amour et fait, de l’acte libérateur, un engin de restriction. Toute voie a ses dangers. La plus simple cache des écueils. Si nous gardons à l’esprit que le véritable Amour ne peut en aucun cas être égoïste, nous nous apercevrons que bien peu savent véritablement aimer.

Réveiller l’Amour pur qui sommeille en soi, c’est marcher vers la libération totale de l’esprit, c’est apporter au monde dévasté ce dont il a besoin. C’est faire éclore dans les cœurs une force nouvelle de vie. Et n’est-ce pas uniquement cela la Spiritualité ?

lundi 13 septembre 2010

Nuden Dorjé: Le miroir au sens limpide


La confusion se résout elle-même


« Lorsqu'on peut demeurer à sa propre place sans confusion, c'est comme un fleuve qui retourne à l'océan. Les pensées s'apaisent à leur propre place, aussi n'est-il pas nécessaire de chercher des solutions intelligentes. »

Si nous avons un corps, il y aura toujours des problèmes avec le corps. Si nous avons une relation, il y aura toujours des problèmes dans la relation. Si vous essayez de faire quoi que ce soit dans votre vie, il y aura toujours des difficultés. C'est ainsi. Par conséquent, nous ne devrions pas être surpris qu'il en soit ainsi. Le texte dit: « Les pensées s'apaisent à leur propre place, aussi n'est-il pas nécessaire de chercher des solutions intelligentes. » Tous les lamas que j'ai rencontrés ont des problèmes dans leur vie. Ils ont des problèmes dans leurs relations, des problèmes avec leurs étudiants, des problèmes avec leurs propres enfants. Mais le point essentiel, c'est qu'ils sont capables de vivre avec ces problèmes. Ils ne nient pas l'existence des problèmes, mais ils n'en font pas toute une histoire, parce qu'il est normal d'en avoir. Nous ne devrions pas être surpris d'avoir des problèmes.

La seule solution à tous les problèmes, c'est de demeurer à sa propre place et d'être confiant dans le fait que toutes les choses qui émergent sont des choses qui passent. Toute manifestation est impermanente C'est l'attachement, le désir et l'impatience qui nous font chercher des solutions spéciales, des réponses qui nous permettront de vivre notre vie comme nous l'entendons. Mais ces solutions à court terme n'amènent pas de réelle liberté car elles nous enroulent toujours davantage dans la dualité réifiée. Toute manifestation, quelle soit « bonne » ou « mauvaise », émerge de la nature de base, ouverte, et y retourne.

Notre impression habituelle, c'est que les pensées amènent quelque part. Même lorsque nous avons des formes de pensée très improductives, comme l'habitude de nous faire du souci, nous considérons comme normal de croire que le fait de ressasser sans relâche les mêmes problèmes nous offrira, d'une manière ou d'une autre, de nouvelles perspectives. Maintenant, au lieu de suivre le contenu, qui semble si fascinant, si nous nous focalisons sur la manière de penser, nous voyons que nous devons à nouveau penser à quelque chose, parce que la première pensée que nous avons eue est partie, et la seconde aussi, et ainsi de suite. Les pensées répétées maintiennent l'objet/l'image vivants pour nous, comme s'ils existaient par eux-mêmes plutôt que d'être le sous-produit du courant des pensées. Chaque pensée doit être remplacée par une autre, parce que les pensées ne cessent de disparaître. Elles sont impermanentes - elles s'évanouissent d'elles-mêmes sans le moindre effort de notre part. C'est l'auto-libération de la pensée - et par extension du même principe, nous pouvons faire l'expérience de l'auto-libération de toutes les idées, de toutes les émergences. C'est le travail de l'ego que de recycler les idées, de répéter les compulsions, de remonter les mêmes scènes, de faire des transferts, etc. etc., et cela crée l'illusion que ce qui est passager a une existence permanente.

L'expérience vécue de cela, et en particulier l'expérience de la nature impermanente de toutes les émergences à partir desquelles nous construisons notre impression de « je », nous permet un lâcher prise, et ainsi, le mouvement peut apparaître et passer tout en révélant l'immobilité qui jamais ne change. Cette immobilité est la nature de base de l'esprit, insaisissable, elle n'est ni un objet ni une chose, non entachée par aucune émergence, détendue, ouverte, non défendue et accueillante pour toutes les émergences, tandis qu'elles apparaissent et disparaissent.

mercredi 8 septembre 2010

Ajahn Chah


« Pour quelqu'un ne comprenant pas la mort, la vie est très confuse. »

« Le Dhamma doit être trouvé en regardant votre cœur et en voyant ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas, ce qui est équilibré et ce qui ne l'est pas. »

« Un seul livre est bon à lire : le cœur. »

« Ne pensez pas que simplement s'asseoir les yeux fermés soit pratiquer. Si vous pensez cela, alors changez vite d'avis. La pratique est de rester attentif dans toute posture, assis, en marchant, debout ou allongé. Quand vous vous relevez, ne pensez pas que vous sortez de méditation mais simplement que vous changez de posture. Si vous réfléchissez de cette manière, vous aurez la paix. Partout où vous serez, vous aurez cette attitude de pratique avec vous. Vous aurez une connaissance directe de vous même. »

« Quand vous êtes assis en méditation, pensez « Cela ne me regarde pas ! » à chaque fois qu'une pensée émerge. »

« Le cœur du chemin est très simple. Il n'y a besoin de rien expliquer. Abandonnez l'amour et la haine et laissez les choses être. C'est tout ce que je fais dans ma pratique. »

« Nous pratiquons pour apprendre à lâcher prise, pas pour accroître notre maîtrise des choses. L'illumination apparait quand vous ne voulez plus rien. »

« Si vous lâchez prise un peu , vous aurez un peu de paix. Si vous lâchez prise beaucoup, vous aurez beaucoup de paix. Si vous lâchez prise complètement, vous aurez la paix complète. »

« Vous êtes votre propre maître. Rechercher des enseignants ne peut éliminer vos doutes. Examinez vous pour trouver la vérité - l'intérieur, pas l'extérieur. Vous connaître est plus important. »

« Essayez d'être attentif et de laisser les choses suivre leur cours. Votre esprit deviendra imperturbable en toute situation, comme un clair lac de forêt. Toutes sortes de merveilleux et rares animaux viendront boire à ce lac, et vous verrez clairement la nature de toute chose. Vous verrez beaucoup de choses étranges et merveilleuses aller et venir, mais vous resterez imperturbable. Ceci est le bonheur de Bouddha. »

mardi 7 septembre 2010

Adyashanti: La flamme de vérité

Si vous écoutez attentivement, ressentez intimement et consentez à vivre cet instant exactement tel qu’il est, les corps émotionnels et énergétiques s’assouplissent. Prenez quelques minutes maintenant pour simplement tendre l’oreille et prendre conscience de votre environnement. Laissez les sons se faire connaître et prenez conscience des odeurs et des sensations de l’espace autour de vous, à l’intérieur et à l’extérieur de la pièce, pour que vos facultés sensitives ne se confinent pas à votre peau ou aux os. Donnez-vous la chance de vous ouvrir à l’environnement sonore et à une impression de l’espace à l’extérieur de votre corps.

Remarquez que plus vous vous détendez, plus ces sons et ces sensations pénètrent et circulent en vous sans opposition. Vous sentirez que vous vous assouplissez et que vous vous ouvrez. Conviez-vous à cette ouverture. Vous constaterez peut-être que la frontière imaginée entre le monde extérieur et ce qui se passe à l’intérieur de votre peau devient poreuse, ou encore, vous sentirez qu’il n’y a plus de frontière entre l’intérieur et l’extérieur. Le bruit extérieur et ce qui se passe dans votre corps prennent la même saveur. Une sensation à l’intérieur du corps n’est pas très différente du son d’une voiture qui passe où d’un oiseau qui chante.

Le silence ouvre le corps et vous imprègne comme une éponge, si vous y consentez.

La pensée fragmente l’unité en morceaux que le mental analysera. Le silence pour sa part unifie.

Lorsque le corps s’ouvre, les sons affleurent au milieu du silence. Qu’est-ce qui en vous se conçoit comme étant silence ? C’est indéfinissable. Si vous vous égarez, écoutez de nouveau les sons. Ils vous ramèneront vers le silence, qui vous ramènera à ce qui connaît le silence et le son. Ne vous égarez pas dans la pensée. Détendez-vous tout simplement, relaxez, relaxez. C’est l’acte de foi et de confiance le plus simple.

lundi 6 septembre 2010

Laurence Vidal et Yolande Duran-Serrano

Interview diffusée sur les ondes de la Radio Suisse Romande (RSR 1).
Émission "Devine qui vient dîner", du vendredi 3 septembre, animée par Michèle Durand-Vallade.
Invitées : Laurence Vidal et Yolande Duran-Serrano

Une heure intense de questions-réponses autour du livre: "Le Silence guérit" écrit à quatre mains...
un silence palpable émane des réponses de Yolande, et une analyse claire et limpide est distillée par Laurence...

récit d'une aventure intérieure

jeudi 2 septembre 2010

Yolande

Laissons-nous guider par cette puissance qui sait ce dont nous avons besoin et quand nous en avons besoin.

La spontanéité nous donne la clarté, le simple fait de voir que nous sommes antérieurs à tout ce que nous croyons être provoque une déconnexion de l’idée d’être une personne ; le problème psychologique étant réglé, ne reste plus qu’à voir et constater le rêve de sa vie qui défile.

lundi 30 août 2010

Yolande


Cette sensation d'inexistence qu'on appelle l'éveil


Yolande connaît un éveil spontané en 2003, au beau milieu d'une existence banale, de mère, épouse, femme d'affaires. Sans référence à aucune tradition spirituelle, elle témoigne par des entretiens.

Laurence Vidal : - Peut-on parler de pédagogie de l'Éveil ?

Yolande - On peut en parler, si on veut... Mais, profondément, ça ne sert à rien. Car on aura beau en parler pendant des milliers d'années, tant qu'on ne le découvre pas par soi-même on ne peut pas le voir, on ne peut pas l'entendre.

Moi, j'ai envie de dire : soyez tout simplement ce que vous connaissez actuellement. Soyez honnête envers vous-même... Qu'aimez-vous en ce moment ? Que faites-vous ? Que sentez-vous ? Que pensez-vous, là, maintenant ? À ce qui est là pour vous, en cet instant, donnez-vous pleinement... Votre conscience individuelle est universelle, donc donnez-lui votre coeur et votre esprit. Ne pensez à rien d'autre... Quand cela se fait naturellement, sans effort, c'est le plus haut des états.

C'est « cette chose », Absolu, Réalité ultime, qui vous cherche. Et qui vous trouvera au moment où Elle l'aura décidé. Dans cet état au-delà de tout état, dans ce grand coeur qui bat éternellement, spontanément, vous découvrirez qui vous êtes vraiment...

Car la seule vraie pédagogie, c'est une fois « cette chose » mise à découvert. « Cette chose » qui fait que l'on cesse de se prendre pour ce que l'on n'est pas : le corps, les sens, le mental, les émotions ; que l'on cesse de se prendre pour une personne. Cette sensation d'inexistence, qu'on appelle l'Éveil, est spontanée, instantanée. Là, une clarté se fait, une transformation intérieure, un enseignement intérieur très puissant.

Et c'est le seul enseignement vrai.

C'est « cette chose », cet Absolu qui enseigne...

Oui, c'est cette découverte qui va prendre le pouvoir sur tout, donc sur l'ego.

On ne peut pas tuer l'ego. Mais « cette chose », elle, a le pouvoir de faire en sorte que l'ego n'ait plus le pouvoir de se reconstruire d'instant en instant. On continue à jouer notre rôle, à vivre avec cette conscience manifestée, mais elle n'apparaît plus qu'au second plan. Au premier plan, il y a ce silence, cette verticalité. Alors l'horizontalité, c'est-à-dire la conscience manifestée, est.

À ceux qui s'identifient toujours à leur « personne » et aspirent à l'extinction de l'ego, que peux-tu dire ?

D'accord, il n'y a pas eu la découverte de cet état, mais... Mais cet état - qui n'en est pas un - on l'est tous déjà. L'Éveil, c'est la découverte de l'unicité. C'est voir qu'avant d'être cette conscience manifestée, qu'elle soit individuelle ou universelle, tu es « quelque chose » qui est « en amont ». Tous, on est « cette chose », on est cet Absolu. Simplement, c'est recouvert par cette conscience.

Donc, « cette chose » est là, cette puissance est là. Et c'est elle qui va te trouver. C'est elle qui va te saisir, te faire découvrir la réalité vraie. C'est elle qui va t'enseigner.

Découvrir votre vraie nature. Il n'y a que vous et, quand vous savez cela, il n'y a que l'amour.

Avant ça...

Avant ça, si j'en crois ma propre expérience, il s'agit d'être tout simplement ce qu'on est, d'être honnêtement ce qu'on est. Autrement dit, de faire un avec la vie, avec ses désirs, ses souffrances, avec tout ce qui se présente. C'est vivre pleinement, intensément, simplement... C'est ne pas se croire plus fort que soi-même. C'est éviter d'avoir deux ou trois voix dans sa tête - déjà, une qui affirme que l'on est une personne, ça suffit ! C'est essayer d'accepter la vie telle qu'elle est, du mieux qu'on peut, sans prétendre avoir la capacité d'être autrement que l'on est, de faire autrement que l'on fait.

C'est accueillir la vie comme elle est, sans l'éternel commentaire qu'elle devrait être autrement ?

C'est être le plus fluide possible avec la vie. C'est ça vivre simplement. Ça ne veut pas dire avoir une vie très intense, très mouvementée. C'est, quelle que soit ta vie, passionnée si tu es de nature passionnée, tranquille si tu es d'un naturel tranquille : l'accepter telle qu'elle est. Déjà, bien souvent, il y a une voix qui murmure « je devrais m'y prendre autrement, ma vie devrait être autrement... » Alors, accepter cette voix. Ne pas compliquer les choses. Ne pas laisser s'imposer, par exemple, une nouvelle voix qui dirait « il ne faut pas qu'il y ait cette voix qui parle dans ma tête »...

Se laisser vivre, simplement, la vie qui apparaît à nous.

- Quand tu dis « vivre intensément » : de quelle intensité parles-tu ?

Je fais référence à ce que j'ai vécu. Je n'ai pas eu une vie intense, avec des passions, des choses qui m'ont fait vibrer fort. Non... Vivre intensément, pour moi, c'est vivre intensément l'amour de ton fils, vivre intensément l'amour de ta mère, vivre intensément l'amour de toi-même... Tu vois, c'est ça. Peu importe si tu es une star ou une femme de ménage. « Intensément », ça fait référence à l'amour de la vie. Ça peut être tout aussi bien vivre intensément la fête situ es une fille qui fait la fête, ou la saveur du vin que tu es en train de savourer... Intensément, c'est tout. De toute façon, la vie se charge de nous et nous ramènera là où il faut.

Quelqu'un qui est dépressif, qui n'aime pas la vie, qui ne s'aime pas lui-même... il est à des années-lumière de cette vie spirituelle, alors ?!

Non. Car tu peux aussi vivre intensément ces moments de crise, ces moments où les choses ne vont pas comme tu veux... puisqu'il s'agit d'accepter la vie telle qu'elle est. Quelle qu'elle soit dans l'instant.

Il y a des gens dépressifs qui sont très spirituels.

Vivre intensément, c'est ne pas se poser davantage de questions que ce qu'on se pose déjà du seul fait de se prendre pour une personne.

C'est sentir les choses, sentir ce qu'on est en train de faire, se donner entièrement à la vaisselle qu'on est en train de faire, au choc émotionnel qui vient nous perturber.. plutôt que de penser ?

C'est vivre sa vie en faisant la vaisselle et en ayant dans la tête toutes sortes de pensées qui nous embarquent ailleurs. C'est s'accepter vraiment tel qu'on est, avec cette petite voix dans la tête puisque c'est elle qui se présente.

On parle souvent du témoin, de l'observateur : être conscient de ce qu'on fait, se voir en train de penser, en train de réagir... Ce ne serait même pas la peine !

S'accepter tel que l'on est, tel que l'on vit... y compris d'avoir vécu toute une journée sans être conscient une minute tellement on a eu de pensées. Et y compris la voix qui dit qu'on aurait dû être autrement dans telle situation, face à telle personne ou à telle émotion. Accepter l'existence. Parce que, de toute manière, tel que l'on est, avec ce que l'on perçoit, ce que l'on croit, on ne peut pas ne plus être là en tant que personne... Donc, il faut laisser faire, il faut laisser à cette puissance la possibilité de « se découvrir » quand elle l'aura décidé. Quand la sensation d'exister disparaît, il n'y a plus rien à faire. Le silence a un discours ininterrompu qui enseigne constamment.

Et pour ça le « oui » à la vie est plus propice que le « non » ?

Je ne dirais pas le oui... Une certaine neutralité, une justesse, plutôt. Parfois, on sent qu'il faut dire non. C'est davantage une fluidité, une justesse, qu'un « oui ». Une neutralité qui permet de ne pas totalement être là... tout en étant là.

Mais ça, cette justesse, est-ce la personne qui la « trouve » ? N'estce pas déjà « cette chose » qui est entrain d'agir ?

Dès le moment où l'existence a pris le pouvoir - c'est-à-dire la conscience qu'on a de l'existence de soi et du monde - il faut arriver à la vivre, à vivre cette existence, à vivre sa vie sans chercher ce sentiment d'inexistence qui pourrait apporter, croit-on, un bien-être, une tranquillité... Ça, c'est faux. « Je » ne peut pas trouver l'inexistence. « Je » n'a pas à la chercher. C'est l'inexistence qui doit nous saisir.

Donc, suivre une voie spirituelle n'a aucun sens ?



Si, elle a son sens. Si ma vie m'amène à avancer sur une voie spirituelle, avec des techniques de méditation, avec une progression apparente vers des états de conscience de plus en plus subtils, il faut respecter ça. Il faut y aller, le vivre pleinement, intensément. C'est ça aussi, accepter ma vie telle qu'elle est !

Accepter son chemin tel qu'il est... pour qu'un jour il n'y ait plus de chemin connu.

On parle souvent d'être présent à l'instant, d'accueillir l'émotion, la sensation... Cette vigilance, n'est-ce tout de même pas un chemin ?

Oui, c'est un chemin. Ça fait partie de l'existence. On est tous là spontanément, et on vit tout cela. À chaque instant on a des émotions, des situations qui nous font vivre des choses. Et un jour, sans qu'on le veuille, sans qu'on puisse rien faire pour, ni contre, il y a ce face à face qui se fait. Ce basculement, qui fait qu'il n'y a plus cet aveuglement sur ce qu'on croit être - nos émotions, nos sens, notre mental... On s'aperçoit qu'on n'est pas tout ça. On continue de vivre avec tout ça, mais on ne l'est pas. Notre véritable nature n'est pas cela. Notre véritable nature c'est quelque chose d'inexprimable... Découvrez, et vous verrez...

Amour, méditation, présence même ça, n'est-ce pas quelque chose qui nous saisit, plutôt qu'un acte, un choix « personnel » ?

Bien sûr. C'est justement ça qui est beau dans l'amour : c'est que l'amour ne se pense pas. Tout d'un coup, il te saisit. La magie, c'est qu'il a la capacité de te faire t'oublier, de t'arracher à ta conscience individuelle pour te plonger dans la conscience universelle. C'est pour ça qu'il y a fusion. C'est pour ça que les premiers mois, les premières années, sont toujours exceptionnels. Mais, plus ou moins vite, la conscience individuelle reprend le dessus... et il faut changer de partenaire !

Que penses-tu de l'assise, de la méditation, de toutes les « pratiques spirituelles » proposées par les voies progressives ?

C'est aussi bien que n'importe quoi... Mais il n'y a rien qui fait qu'on sera plus apte à être saisi. Certains, qui ne sont jamais passés par aucune pratique spirituelle, peuvent être saisis par « cette chose ». L' inverse également.

C'est à la fois très encourageant et très décourageant, ce que tu dis. Décourageant parce que ce que je fais ne change rien à rien le chemin est le chemin. Et encourageant... pour la même raison !

C'est vrai ! Mais c'est ce que je vois. C'est ce que je sens... « Faites ci, pratiquez cela », je ne peux pas dire ça : je ne le vois pas comme ça.

À part se donner pleinement à ce qu'on vit...

Voilà. Donner tout son coeur à la vie telle qu'elle est... Et ce grand coeur qui bat éternellement viendra nous saisir. Là, on ne pourra qu'apprendre, on ne pourra que découvrir chaque instant, à chaque instant. Parce que c'est tellement passionnant que c'est tout le temps là. C'est placé avant toute chose, avant tout ce qu'on croirait être. C'est ce grand livre, ouvert à l'intérieur de soi, qui nous donne la clarté de voir la réalité...

On vit parfois des expériences extraordinaires, dans les « voies progressives », des visions, des clartés, des espaces infinis.., des moments si intenses que la conscience « moi je », parfois, s'efface. Quelle est la valeur de ces expériences, selon toi ?

C'est ce qu'on peut appeler des moments d'ouverture. L'intensité y est telle qu'elle prend le dessus. Il y a un dépassement de soi-même.

On est où, là ? Toujours dans la conscience universelle ? Ou dans « autre chose » ?

Je serais tentée de dire que c'est la conscience universelle qui est là, qui est très ouverte... Tu n'es plus là en tant que personne.., mais tu n'es pas non plus déconnecté.

Tant qu'on reconnecte, ne serait-ce qu'un instant, à la conscience individuelle, c'est qu'on n'a pas pris la voie directe et qu'on ne demeure pas dans l'Absolu, dans le Silence absolu.

La vraie déconnection, l'Éveil, c'est une fois pour toutes ? On ne revient pas en arrière, c'est ça ?

On ne peut pas. C'est tellement fort qu'il n'y a pas de retour. Il peut y avoir des moments de doute, parce que la conscience est toujours là : simplement, elle n'a plus le pouvoir. Mais cette intensité, « cette chose » qui est avant tout être, ça ne lâche plus la conscience, qu'elle soit individuelle ou universelle. Les yeux fermés, les yeux ouverts, tu vois ; tu es toujours dans cette clarté, dans cette Réalité ultime ; et ce, même si ce monde se manifeste aussi : tu sais où il est, tu sais à quelle place il est... Donc, non, il n'y a pas de retour. «Cette chose » prend le pouvoir sur tout, et tu n'as plus, en tant que corps, en tant que mental, en tant que soi-disant personne, le pouvoir de faire marche arrière. C'est une déconnection sans retour.

Ces états n'ont rien à voir avec l'Éveil, d'accord. Ils n'y « préparent » même pas, d'accord. Ne sont-ils pas, quand même, des avants-goûts, ou des avants-regards, de ce qu'on perçoit après ?

Dans l'instant : oui. Mais « je » revient ensuite. Ce n'est donc pas la déconnection totale, celle qui te fait être au-delà de tous ces états même quand ils t'apparaissent.

Il y a des voies directes qui ne sont pas passées par ces «avant-goûts ». Et d'autres, avec avants-goûts. Dans tous les cas, la déconnection à l'idée d'être quelqu'un est spontanée, instantanée, constante et sans fin.

Donc suivre « une voie spirituelle », c'est un chemin comme un autre, mais ce n'est pas une « voie vers » l'Éveil...

Ça n'a juste rien à voir, oui... Mais il faut respecter ce chemin.

...ce chemin qui n'est ni plus ni moins « bien » que n'importe quel chemin de vie...

Exactement.


Propos recueillis par Laurence Vidal

jeudi 26 août 2010

Yolande

C'est le silence qui guérit

Au beau milieu d’une existence banale, de mère, épouse, femme d’affaires, Yolande connaît un éveil spontané en 2003. Sans référence à aucune tradition spirituelle, elle témoigne ici pour la première fois.

Pendant quarante ans, comme tout le monde, je me suis prise pour mes pensées, pour mon corps : je me prenais pour une personne. Et puis il y a eu ce basculement. En un instant, spontanément, ce silence dans ma tête. Plus de pensées : le silence, une stupeur, un étonnement profond qui ne laissait place à rien d’autre.

Alors je me suis mise à observer. Mon fonctionnement avait changé. Il y avait « cette chose », ce silence… et tout le reste. Le reste, ce que j’appelle le je suis, c’est-à-dire le contenu de l’instant : j’ai vu que tout apparaissait dans cette chose, d’instant en instant. Que tout y disparaissait.

Ton fonctionnement avait changé, dis-tu ?

Il y avait une légèreté, un bien-être. Je me sentais en phase avec moi-même, en phase comme je ne l’avais jamais été. Les choses se présentaient, les situations, les événements, même ceux qui auparavant m’auraient dérangée… Je ne trouvais rien à y redire. Je ne réagissais plus, en fait. Et lorsque, deux mois plus tard, mon fils est mort dans un accident… même chose. Ce silence, cette tranquillité m’empêchait de réagir, m’empêchait d’être une mère détruite par la mort de son fils. J’ai vu que la souffrance n’existait pas.

La souffrance n’existe pas !?

Ce n’est pas la situation qui fait souffrir. Pour moi, il y a le silence. La situation ne fait pas souffrir quand le silence, quand cette chose est là.

Cette chose, qui la voit ? Yolande ?

C’est cette chose qui voit. En elle apparaît la vision, la clarté qui voit tout ce qui apparaît. En fait, c’est simultané : à l’avant-plan il y a cette chose et… le reste, tout ce qui apparaît, toute l’existence, au second plan.

Cette chose est l’espace qui est avant toute chose, toute pensée, tout événement. On ne peut pas la comprendre : c’est elle qui comprend tout, qui englobe tout. Cette chose - appelons-la Silence, Présence, Puissance, Amour ou Ultime Réalité, de toute façon aucun mot ne peut en rendre compte - cette chose, on peut seulement la vivre. Au début, je croyais qu’elle était au fond de moi. Maintenant je vois qu’elle est partout. Elle est tout. Il n’y a rien d’autre, rien qui ne soit elle. Il n’y a plus à s’inquiéter, à s’accrocher à rien.

Cette chose est au fond de toi et partout… Et Yolande, où est-elle ?

Yolande apparaît toujours, mais dans le second plan, comme le reste. Elle existe sans exister. Elle n’existe plus mais elle est là. Elle n’a plus de pouvoir. C’est ce silence, cette puissance qui a pris le pouvoir sur tout.

Elle a tout de même des pensées, des émotions…

Bien sûr des pensées, des émotions peuvent surgir. Mais cette puissance les balaye instantanément, elle les laisse au second plan. Donc tu n’as aucune possibilité de t’identifier à elles. Et cette chose est si puissante que tu ne peux revenir en arrière, tu ne peux revenir à ton ancien mode de fonctionnement, t’identifier à… tout ce que tu n’es pas.

Ça m’est arrivé parfois, au début, d’essayer de penser comme avant, de faire des projets comme avant. Impossible. Tout comme, autrefois, si j’avais voulu arrêter de penser je n’aurais pas pu, aujourd’hui, si je veux penser, eh bien je ne peux pas. C’est aussi simple que ça.

Et les émotions, toutes ces réactions automatiques qui nous viennent ?

C’est pareil. La peur, la tristesse, c’est comme le reste : un mouvement qui passe en toi et qui repart. S’il n’y a personne pour se l’approprier, il n’y a pas de peur, pas de tristesse. Il n’y a pas de réaction.

D’où viennent, selon toi, les réactions ? Y a-t-il moyen de s’en libérer ?

Elles viennent de la pensée. De la croyance en l’idée d’être une personne. Quand cette croyance tombe – et cela se fait en un instant, pas besoin de vingt ans de pratique pour ça – il n’y a plus que ce silence, cette intensité, alors tu te laisses faire. Il y a ce point de vue neuf qui est toujours là, ce vide plein, ce silence tantôt très intense et tantôt doux mais toujours présent. C’est une sensation, comme un toucher, une présence qui ne te lâche pas, même au milieu de l’action, de la concentration. Ce toucher omniprésent qui t’englobe, qui englobe tout le contenu de l’instant, t’empêche de t’identifier à la pensée, à l’émotion qui surgit. C’est lui qui te donne le sentiment profond que la personne n’est pas. Et c’est lui, c’est cette sensation qui devient vision, action… parce que cette spontanéité, cette sensation constante ne te permet pas d’être dans ta tête. C’est la sensation qui voit, directement. Et la vision, c’est l’action.

La vision c’est l’action ?

Quand tu es dans la fluidité, il y a action, sans filtre, sans pensée. Tu vois, tu sens; l’action, le geste, la parole se présentent spontanément, sans que tu aies eu à les penser.

Comme si la réalité de l’instant te dictait le geste juste ?

Tu vois que les choses se font toutes seules, sans besoin de les penser… La vie n’a pas besoin d’être pensée. Juste besoin d’être vue. Le reste se fait tout seul.

Le simple fait de voir…

…fait. Tu vois cette fluidité qui agit.

Et l’amour, dans tout ça ? Tu dis que cette chose c’est l’amour… Qu’en est-il de l’amour entre deux personnes ?

C’est la non-relation qui permet la relation.

La non-relation ?

La non-relation avec la personne que tu croyais être. La non-séparation. Et c’est cette chose au dedans qui permet ça. C’est elle qui permet l’amour, qui est amour.

Dans la fusion amoureuse, on entre en relation avec la non-relation à l’intérieur de soi. C’est dans cette non-relation, cette chose, que réside l’amour. Et c’est parce qu’on entre en contact avec elle que l’on dit, que l’on sent « je suis amoureux ». L’autre n’y est pour rien. Ni soi-même. Ni la relation entre les deux… C’est l’écoute de cette chose, en nous, qui permet l’amour. C’est elle qui te fait découvrir que l’amour n’est pas à l’extérieur, qu’il ne dépend de rien, d’aucun objet, d’aucun état : c’est quelque chose qui est là, à l’intérieur. Plus besoin de chercher le bonheur à l’extérieur : cette chose qui te rend vivante, aimante, aimée… elle est avant tout, elle est là. Et c’est de cette chose, de cette non-relation, que l’on tombe amoureux. Un amour qui ne peut être détrôné par quoi que ce soit.

C’est vrai aussi que dans la relation amoureuse il y a des instants d’oubli de soi-même, des instants d’intimité qui sont cette fusion, cette non-séparation. Le problème, c’est que quand il y a « tomber amoureux de » l’objet ou la personne, tu rentres dans une relation avec toi-même et tu ne vas plus penser qu’à ça, qu’à cette personne. Donc tu te coupes de l’essentiel. Cette même passion devrait être pour cette chose invisible qui te permet d’être dans la non-relation avec toi-même, donc aussi avec l’autre, et te permet de sentir l’intensité de l’instant présent plutôt que l’intensité de la seule relation avec cette personne.

Tu es tombée amoureuse de cette chose invisible, ça, c’est sûr. Mais tu peux quand même tomber amoureuse de quelqu’un, puisque c’est ce que je vis. C'est beau de voir que, dans l’instant, tu es aussi amoureuse de cette personne. Mais si elle n’est plus là, ou si elle s’absente, rien ne manque. Cette chose est toujours là et elle te permet de vivre, même sans cette personne, dans un bien-être total.

Donc, Yolande peut tomber amoureuse… Ce n’est pas une émotion, ça ?

C’est l’intensité qui guide. Auprès de telle personne elle est plus forte qu’auprès de telle autre. L’intensité est là : tu la suis. C’est elle qui te fait être ici, ou là, avec celui-ci ou avec celle-là. Tu ne décides pas : tu y vas, tu y es. La tête n’intervient pas. L’émotion non plus.

Dans cette intensité, comment perçois-tu l’autre, tous les autres ?

Je les perçois comme moi, comme les arbres, la montagne, mes pensées : au second plan. J’en reviens toujours là. Ils sont là sans être là. Ils sont passés au second plan au même titre que moi, que mon corps, que tout ce que je croyais être.

Oui, mais comment perçois-tu chacun ? Il y a des différences de l’un à l’autre, tout de même… même au second plan !

Ce que je sens, surtout, c’est ce qu’il y a de plus proche en moi, c’est-à-dire mon corps, les sensations de mon corps qui se sont amplifiées à l’infini. Dans ce second plan, le plan du je suis, c’est le plus proche. C’est sensation, intensité, mouvement. Cette intensité varie avec ce qui se présente dans le contenu de l’instant, proximité de telle ou telle personne incluse. Mais il n’y a pas la pensée pour dire « parce que je sens tel mouvement dans mon corps, cette personne est comme ci », ou « je dois faire comme ça ». Ce qui va se faire dans l’instant se fera… mais ce ne sera pas le résultat d’un savoir, d’une compréhension : c’est le silence qui agit.

Tu ne peux rien t’approprier ?

Non.

Mais perçois-tu mon psychisme, mes états d’âme ?

Tu es là, tu sens, tu te laisses traverser par ce qui se passe, par un mouvement que tu sens dans ton corps, fusionné avec tout le reste. Mais tu n’interviens pas, tu n’as pas de réaction, d’opinion, de commentaire. Quand quelqu’un entre dans la pièce, tu peux sentir un mouvement plus inconfortable, ou sentir au contraire l’intensité qui se déploie, mais tu n’en déduis rien. Tu ne cherches pas à comprendre pourquoi, comment, ni s’il y a quelque chose à résoudre et comment. Tu sens, point.

Et quand quelqu’un se confie à toi, te demande conseil ?

Tu ne fais qu’être écoute. Il n’y a pas de mouvement de Yolande qui pense ceci ou cela. Mon je suis est partagé avec tout ce contenu de l’instant, et je laisse toute la place à cette chose à l’avant-plan, cette chose avant le je suis, pour agir si elle doit agir. Donc si un geste vient, il vient du silence. C’est lui qui sait. C’est lui qui fait.

Que faire pour vivre ce silence ?

Je fais une totale confiance à cette présence dans l’invisible. Donc la seule chose qui peut être dite, il me semble, c’est d’être ce que l’on est dans l’instant, de le vivre pleinement, simplement… et de laisser la spontanéité faire ce qu’elle a à faire.

C’est quelque chose qu’on ne peut pas comprendre, pas apprendre, ni vouloir, ni savoir. Alors : se laisser faire – quoi d’autre ?

Vivre l’instant pleinement, simplement… ce n’est pas si simple !

Il y a des tas de moments dans la vie où l’idée de la personne disparaît, où il n’y a plus que cette chose qui voit. Les moments de joie, d’étonnement, d’émerveillement devant un paysage ou une belle musique. Les chocs aussi, une peur violente… Mais le plus souvent on ne les remarque pas, parce qu’aussitôt après la pensée se les approprie… Rester là, plutôt. Avant la pensée : sentir. Rester simplement avec cette sensation, sans vouloir comprendre ni résoudre rien. Avoir toute son attention portée sur cette sensation, et l’accepter surtout, l’accepter silencieusement, pas mentalement. Vraiment l’accepter totalement, en étant… simplement.

Beaucoup de gens croient qu’il faut qu’il y ait une lumière, une grande lumière, des choses extraordinaires… Et si simplement c’était ça ?... Quand le silence est là : rester avec ce silence, cette tranquillité, découvrir au fur et à mesure ce que ça te procure comme légèreté de voir que tout est là, OK, mais c’est au second plan – pas besoin d’en faire un monde. Et quand c’est l’inconfort : rester avec cet inconfort, totalement, se laisser engloutir par lui, se laisser mourir – une mort psychologique - pour pouvoir laisser place à ce silence, le laisser prendre le dessus une bonne fois pour toutes…

Rester là, avec cette sensation de l’instant, cette intimité… Rien que d’être là, tu n’es déjà plus là. Parce que tu sens tout le contenu de l’instant présent, sans interférer. Donc tu n’as plus l’idée d’être une personne : tu n’es que sensation. Tu sens cette conscience, peut-être encore un petit peu individuelle, que « ton » corps est inconfortable avec cette tristesse, ce malaise où tu es : déjà c’est un cadeau, parce que tu te rends compte que l’instant, l’intensité, la vérité n’est pas dans ta tête… C’est merveilleux de pouvoir sentir ça, déjà! Déjà accepter cette simplicité de sentir que la vie c’est ça, ce n’est pas voir des lumières ou entrer en extase : c’est ça, aussi. C’est la simplicité de ne pas être cette personne qui ressent. C’est sensation, point.

Qu’est-ce qui fait que, pour la plupart, ces instants ne durent pas ? Que l’agitation revient ?

C’est un problème d’identification. Le mental revient, redevient le plus fort et te piège. Piégé, tu y crois fermement, tu oublies le silence et cette chose puissante qui est là.

Vivre ces moments quand il se présentent.

Les vivre avant la pensée…

La pensée aussi, il faut l’accepter. Elle reste au second plan. Laisser cette attention, cette sensation, cette chose au premier plan, dans cette simplicité totale, avant d’être cette personne qui dit « c’est à moi que ça arrive » ou « ça va passer ». Peut-être tout simplement accepter cette simplicité du silence, cette simplicité de sentir, cette simplicité d’être avant qui que ce soit. Rester dans cette simplicité de sentir, tout simplement, sans pour autant avoir été chercher cette tristesse, sans chercher à sentir ton corps ni quoi que ce soit d’autre.

Se laisser saisir par ce qui est là, parce que c’est là… Quel est le sens de la recherche spirituelle, alors, puisqu’elle vise toujours un savoir, un état, un progrès, quelque chose « devant » ?

Elle a encore un sens puisqu’elle est là, puisqu’elle se présente. Vouloir faire le contraire ce serait la même chose : ce serait refuser ce qui se présente… Je crois qu’il faut accepter tout ce qui se présente, que ce soit de méditer, de faire du yoga, d’avoir l’air d’être dans une recherche spirituelle – alors que ce qui entraîne dans tout ça, comme dans tout le reste de la vie d’ailleurs, c’est quand même et toujours cet état premier.

Donc continuer à se laisser faire, même s’il y a encore la personne qui est là, et qui veut, et qui espère. Sentir, plutôt que d’essayer toutes sortes de techniques… Mais il faut aussi accepter ces techniques : elles font partie du chemin qui se présente à soi…

Propos recueillis par Laurence Vidal

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mercredi 25 août 2010

Éric Baret

" Arrêter de s'approprier des qualifications... et retrouver ce qui est là à l'origine des choses..."

mardi 24 août 2010

Adyashanti: Vivez comme vous méditez


La Méditation pure vit avec nous. On peut s’y livrer en tout temps, en tous lieux, partout. Vous conduisez votre voiture et laissez tout tel que c’est. Vous vous exercez à laisser la circulation telle qu’elle est. Vous vous entraînez à laisser les sensations telles qu’elles sont. Vous laissez le temps qu’il fait être tel qu’il est. Ou lorsque vous rencontrez votre ami(e) ou votre amant(e), investiguez l’expérience. A quoi ressemble la rencontre avec cette personne si je la laisse être complètement telle qu’elle est ? Que se passe-t-il quand je me laisse être tel que je suis complètement ? A quoi ressemble notre relation ? En quoi se transforme-t-elle ?

La Méditation véritable est donc une méditation très active, très engagée. A vrai dire, il est important de concevoir la méditation comme davantage qu’un processus qui se déroule uniquement en position assise et dans un lieu paisible. Autrement, la méditation et notre vie quotidienne deviennent deux entités distinctes, d’une part « ma méditation », et par ailleurs, « ma vie quotidienne ». En nous éveillant à la réalité, nous découvrons que tout n’est qu’une unique chose, une même expression homogène de l’Etre.

Et si le fondement de notre vie, pas seulement le fondement du temps passé à méditer, permettait de tout laisser tel que c’est ? Ce serait une base révolutionnaire dans la vie de la majorité. Il est visionnaire d’avoir comme base dans votre existence, comme attitude définitive dans la vie, de tout laisser tel que c’est déjà. Cela signifie de tout laisser tel que c’était, tel que c’est et tel que ce pourrait être. Et si la base même de votre vie, toutes ces heures de la journée où vous n’êtes pas assis en silence, était consacrée à la pratique de tout laisser en l’état ?

L’attitude rendra votre vie plutôt intéressante. Car la méditation est sans danger. Vous vous installez sur votre siège dans une posture qui vous plaît. C’est sans danger, un peu comme de revenir au sein maternel. Il est merveilleux de découvrir un sanctuaire, un espace en vous sur lequel vous pouvez compter, un espace dont rien ni personne ne peut vous priver. C’est superbe. Il est toutefois très intéressant de nous ouvrir et de considérer la méditation non pas comme un sanctuaire, mais comme une approche à la vie en soi.

Notre résistance s’estompe peu à peu. Et de ce fait, nous découvrons ainsi quelque chose de très puissant, de très fort. Nous découvrons la chose la plus essentielle, la vérité de notre être. Nous découvrons que notre nature essentielle en tant que conscience laisse systématiquement toute chose telle qu’elle est.

Voilà pourquoi nous méditons ainsi : c’est ainsi que se comporte la conscience, elle consent à tout tel que c’est. La conscience en soi n’oppose aucune résistance. Elle ne s’oppose pas à ce qui est. La conscience, votre nature essentielle, n’intervient pas.

L’une des clefs pour atteindre la liberté, c’est de vivre comme vous méditez. Si nous laissons tout suivre son cours, cette atmosphère intérieure, cette attitude exempte de saisie donne naissance à un espace très fertile, à un état de conscience très puissant. Ces moments d’abandon engendrent un espace très créatif, où survient la révélation intuitive.

Extrait du livre: "Conscience pure et méditation véritable" Ed. Ariane